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08 Mars: les femmes africaines dans la traite et l’exploitation sexuelles. Par Mamadou Gueye

  • Sharif Ndao Sharif Ndao

Les phénomènes de trafic, de la traite et de l’exploitation des femmes de l’Afrique du sud du Sahara à travers les migrations : focus sur les causes et dynamiques d’une grave violation des droits humains. En cette journée célébrant la femme à travers le monde, il nous parait important de jeter un regard critique sur les conditions et la situation des femmes africaines dans la traite et l’exploitation sexuelles dont elles font l’objet. Si généralement, les débats, à l’occasion de la journée mondiale des femmes, sont orientés vers la thématique relative à l’égalité du genre, il semble être une impérieuse nécessité de sortir pour une fois, des chantiers battus afin de mieux pointer du doigt un phénomène grave que constituent le trafic, la traite et l’exploitation des femmes africaines à travers le monde.

En effet, dans le monde, selon l’ONU, on compte 2.5 millions de personnes victimes de trafic d’êtres humains dont 80% desquelles constituent des femmes. Ceci témoigne du nombre croissant de femmes victimes et de l’ampleur d’un phénomène grave tel que la traite et l’exploitation d’êtres humains. Les femmes du l’Afrique du Sud du Sahara constituent un grands nombre de ce phénomène.

Pour comprendre ce phénomène, il nous parait nécessaire, de s’interroger, préalablement, sur les causes.

– Les causes de la traite et de l’exploitation des femmes :

La pauvreté économique, la discrimination, les conflits, les catastrophes écologiques ainsi que la féminisation de la pauvreté constituent autant de facteurs suscitant le départ des femmes vers

d’autres pays dans la recherche de meilleures conditions de vie. En effet, les femmes ne bénéficient pas des mêmes opportunités de travail que les hommes. A cela, il s’y ajoute qu’elles constituent, avec les enfants, la couche la plus vulnérable, en temps de conflit et de catastrophes naturelles ou environnementales qui affectent certains pays d’Afrique. Tout ceci aboutit à l’accroissement des femmes migrantes qui, à son tour, suscite leur exploitation ou leur traite par des filières criminelles qui se développent qui ont pignon sur rue au niveau national et international.

Dès lors, la traite, l’exploitation et le trafic des femmes, au-delà du fait qu’ils constituent une préoccupation de premier ordre pour les autorités étatiques et la communauté internationale, deviennent de plus en plus inquiétante. Cette inquiétude est surtout liée à la dynamique que prend le phénomène. En effet, pour mieux cerner le phénomène, il faut tenter de comprendre les flux migratoires au plan national et international.

Au plan national ou interne, d’importants mouvements de populations sont notés quittant les centres ruraux vers les centres urbains et périurbains. Parmi ces masses d’individus, les femmes constituent la part la plus significative. Généralement non qualifiées, elles sont employées comme femme de ménage. Bien qu’il n’existe pas, à notre connaissance, de données statistiques, relatives aux nombres de victimes, il n’en demeure pas moins évident que l’actualité aide, les organisations de défenses des droits de l’homme telles que la Rencontre Africaine pour la Défense des Droits de l’Homme (RADDHO) ou Amnesty International fustigent souvent les conditions des femmes employées comme domestiques dans certains ménages de Dakar.

Certaines d’entre elles rencontrent souvent de difficultés liées au traitement parfois inhumain et abusif dont elles font l’objet. Tandis que d’autres, devant l’hostilité de la ville et la cherté du coût de la vie, se versent pernicieusement dans des activités clandestines telle que la prostitution. En effet, du fait de son caractère clandestin et insaisissable, cette activité représente, à tout égard, un problème de santé public majeure, acause de la propagation du VIH/SIDA et des diverses maladies sexuellement transmissibles.

Au plan international, les conditions des femmes sont encore plus préoccupantes et interpellent la communauté internationale, qui, selon Amnesty International serait responsable. Si les conditions déplorables de la femme africaine à l’étranger a pour cause principale la pauvreté économique, la discrimination dans le genre, et l’absence de chance égale aux hommes à l’accès au travail notés dans les pays d’origine, comme indiqué un peu plus haut ; il reste évident qu’elles sont inhérentes à la clandestinité dans laquelle elle se trouve dans les pays d’accueil. La clandestinité, à son tour la rend vulnérable aux filières de trafic et à l’exploitation. Cette dernière comprend le plus souvent, l’exploitation de  la « prostitution d’autrui ou d’autres formes d’exploitations sexuelles, le travail ou les services forcés, l’esclavage ou les pratiques analogues à l’esclavage ».

Ainsi, elles deviennent esclaves au service de l’industrie du sexe pour le compte de maîtres exploitants vis-à- vis desquels, elles exercent un lien de dépendance entretenu par la violence de ceux-ci. Transformées en objet contrôlé par les trafiquants, ces femmes sont soumises à un travail forcé, pas ou peu rémunéré et peuvent être revendue de trafiquants à trafiquants.

Dans sa rubrique Dossier Papiers Libres, daté de 2004, Amnesty International déclare : « les victimes sont vendues plusieurs fois au cours du voyage, pour des prix compris entre 50 et 3 500 euros ».

Dans cette même rubrique, une femme victime de l’exploitation sexuelle et de la traite racontait son histoire que voici : « J’ai été battue et forcée à des rapports sexuels […] si on n’acceptait pas,

ils nous passaient à tabac et nous violaient, tout simplement. ”

“ Même lorsqu’il faisait froid, j’étais obligée de porter des robes légères […]. Le patron me forçait […]. Je n’ai jamais eu la moindre chance de m’enfuir pour quitter cette vie de misère

parce qu’une femme me surveillait à chaque instant ».

Cette histoire douloureuse rapportée par cette victime est assez illustrative de la situation des femmes de façon générale et africaines en particulier, trompées par le rêve utopique d’un eldorado et prises dans les mailles du filet des filières de traite et d’exploitation. Traiter une thématique relative à la situation des femmes dans l’émigration sans évoquer celle plus que jamais inquiétante dans laquelle se trouvent la plupart des femmes sénégalaises en Arabie Saoudite relèverait de l’anachronisme. Car, en effet, ce phénomène de migration de jeunes filles sénégalaises vers l’Arabie Saoudite est assez récent. Développé par une filière d’étudiants sénégalais recruteurs se trouvant dans le royaume saoudien, engage plusieurs centaines de nos jeunes femmes, généralement issues de la banlieue dakaroise et miroitées par le prétendu nouvel eldorado saoudien. Arrivées en Arabie Saoudite, elles ne tardent pas à découvrir la réalité funestement discordante du discours que leur avaient tenu les recruteurs. Souvent rapportées par les média nationaux, elles font l’objet de traitement inhumain et des faits d’exploitation graves par des maitres saoudiens, qui, foulant des pieds le respect de la dignité humaine, à coup sûr, se trompant d’époque, les prennent pour de simples esclaves soumises à leur bon vouloir. On se rappelle la condamnation à mort de la jeune dame du nom de Mbayang Diop sans le respect préalable du principe d’innocence..

Cela constitue, à tout point de vue, une violation grave des droits fondamentaux qui ne peut être passé sous silence sous aucun prétexte, et interpelle au premier, les autorités sénégalaises.

Tout près du Sénégal, subsiste paradoxalement la pratique esclavagiste. La République Islamique de la Mauritanie, bien qu’ayant aboli (le mot est fort) cette pratique la laisse perdurer toujours. De nombreuses femmes sont toujours torturées, violées et agressées par leur maître.  De tout ce qui précède, le trafic, la traite et l’exploitation des femmes se révèlent être une réalité et relèvent, du fait de sa persistance dans le monde, d’un secret de polichinelle lorsqu’on se base sur les chiffres avancés par l’Office des Nations contre la Drogue et le Crime (ONDC) publiés dans son rapport de 2010 : « l’exploitation à des fins sexuelles est plus fréquente et représente, 79% des personnes exploitées, dont 80% sont des femmes ». En définitive, il est de la responsabilité de la communauté internationale et des Etats de combattre ce phénomène conformément à la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à 1’égard des femmes de 1979, à la déclaration universelle des droits de l’homme de 1789 et la Charte Africaine des droits de l’homme.

En définitive, il parait évident que la lutte contre l’indigence de nos pays est le premier combat à engager sur le vaste terrain du trafic, de la traite et de l’exploitation des personnes qui sont des

activités inhérentes à la pauvreté économique.

Mamadou Gueye

Etudiant en droit

Stagiaire à la RADDHO

 

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