Tout est parti d’un signalement anonyme, le 20 juillet. Les enquêteurs de la Division nationale de lutte contre le trafic de migrants (DNLT) sont informés de la présence d’une jeune Nigériane, possible victime d’exploitation, dans le quartier de Lafia à Kédougou. En remontant sa piste, ils mettent au jour un réseau présumé de traite entre Lafia et le quartier de Kharakhéna.
Selon les investigations, la principale protagoniste – installée à Kharakhéna – aurait contraint la victime à rembourser une dette d’un million de francs CFA, présentée comme des frais de voyage. Elle est ensuite confiée à une seconde suspecte, gérante d’un débit de boissons clandestin à Lafia, qui dispose de trois chambres. Dans ce bar, la jeune femme est forcée de se prostituer. Les gains sont récoltés par la tenancière : chaque mois, elle ponctionne 30 000 francs CFA de loyer et reverse le solde à l’organisatrice du périple via un service de paiement mobile.
L’intervention débute à Lafia. Les agents perquisitionnent le domicile-bar et interpellent la première suspecte. La victime est mise à l’abri. En audition, la mise en cause aurait reconnu prélever une commission sur l’exploitation et en transférer une fraction à sa complice.
Direction ensuite Kharakhéna, où la seconde suspecte tient un restaurant. Son arrestation permet de repérer une autre victime étrangère. Placée en garde à vue, l’instigatrice présumée aurait confirmé avoir exigé 1 million de francs CFA. Sur cette somme, 700 000 francs avaient déjà été encaissés, laissant un reste de 300 000 francs.
La jeune Nigériane subissait une double peine : non rémunérée, elle travaillait au restaurant de 7 heures à 20 heures, puis était contrainte de se prostituer la nuit, officiellement pour éponger sa prétendue dette.
Ces derniers mois, la région de Kédougou a été le théâtre d’affaires similaires. En juin, l’antenne locale de la DNLT avait interpellé ChukwuJekwu Abugu, alias « Angel », qui achetait des filles pour 197 000 francs CFA et les exploitait sexuellement pour un remboursement de 1,5 million. En février, un réseau avait été démantelé au « Rougeo Bar » de Bantaco, avec une victime nigériane récemment arrivée.
D’après EnQuête+, les deux suspectes ont été présentées au parquet de Kédougou pour association de malfaiteurs, proxénétisme, traite de personnes à des fins d’exploitation sexuelle et par le travail, complicité de traite, ainsi que pour l’ouverture et l’exploitation d’un débit de boissons sans autorisation administrative. Quant aux victimes, elles ont été extraites du réseau et placées en sécurité.
