Travail domestique au Sénégal : 25,8 % des femmes restent hors de la population active

ONU Femmes Sénégal a clôturé, ce 18 mai 2026 à Dakar, le programme « Reconnaitre, Réduire et Redistribuer » (3R), une initiative appuyée par le gouvernement fédéral allemand pour alléger la charge du travail domestique non rémunéré qui pèse sur les femmes, surtout en milieu rural.

La rencontre de capitalisation a réuni des représentants de l’État, des collectivités territoriales, des partenaires techniques et financiers, des organisations de la société civile ainsi que des bénéficiaires venues de Saint-Louis, Sédhiou et Ziguinchor. L’enjeu mis en avant est clair : faire du travail de soins non rémunéré un sujet économique et politique central.

Les chiffres rappelés dans ce cadre montrent un décalage marqué. Les Sénégalaises passent en moyenne plus de quatre heures par jour dans les tâches ménagères et la garde des enfants, contre 27 minutes pour les hommes, comme l’écrit Seneweb en s’appuyant sur les résultats de l’Enquête nationale sur l’emploi du temps réalisée en 2022 par l’ANSD avec l’appui d’ONU Femmes. Dans certaines zones rurales, cette charge monte jusqu’à 12 heures par jour. Conséquence directe : 25,8 % des femmes sénégalaises sont exclues de la population active en raison des responsabilités de soins, tandis que 46 % des femmes rurales s’occupent chaque jour d’un membre de leur famille.

La représentante résidente d’ONU Femmes au Sénégal, Arlette Mvondo, a estimé que cette situation constitue un frein structurel au développement économique. Elle a rappelé que ce travail reste peu visible dans les indicateurs économiques alors qu’il soutient les familles, les communautés et l’économie. D’après les estimations de l’ANSD mentionnées lors de l’atelier, sa valeur représenterait environ 13,9 % du PIB du Sénégal s’il était pris en compte.

Le programme 3R a été déployé dans plusieurs régions autour de trois axes : reconnaître, réduire et redistribuer le travail de soins. Les résultats présentés font état de 1 628 autorités locales engagées dans l’intégration de cette approche dans les politiques locales. Dix-neuf collectivités territoriales ont aussi renforcé leurs capacités en gouvernance sensible au genre. Sur le plan social, 9 000 travailleuses agricoles et leurs familles ont été affiliées à des mécanismes d’assurance maladie.

Le dispositif a également concerné la petite enfance, avec 19 structures communautaires de garde réhabilitées et équipées, au bénéfice de plus de 1 600 enfants. Mariama Diedhiou, prenant la parole au nom du Réseau national des femmes rurales du Sénégal, a salué des effets visibles dans les communautés, notamment la baisse du temps consacré aux corvées, l’accès à des garderies, le développement d’activités génératrices de revenus et une meilleure protection sociale. Les organisations féminines plaident désormais pour la poursuite du programme et pour davantage d’investissements dans l’économie du soin.

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