Pourquoi un secteur présenté comme central dans la société sénégalaise reste-t-il encore relégué, des années après l’adoption d’un texte international censé mieux l’encadrer ? C’est autour de cette tension qu’un atelier multi-acteurs s’est tenu ce jeudi 7 mai 2026 au Campus de la FASTEF de l’UCAD, quelques jours après la fête du Travail du 1er mai, pour relancer le débat sur l’emploi domestique au Sénégal.
Organisée par le Groupe pour l’Étude et l’Enseignement de la Population (GEEP), en partenariat avec le projet de recherche MOCODOM, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et l’Organisation internationale du travail (OIT), la rencontre a réuni universitaires, chercheurs, représentants des ministères, organisations internationales, syndicats, associations de travailleuses domestiques, ONG, structures de placement, juristes et journalistes. L’objectif affiché était de faire avancer l’agenda social, législatif et politique en faveur des travailleurs et travailleuses domestiques au Sénégal.
Un atelier pour sortir le travail domestique de « son statut de l’ombre »
À l’ouverture, le professeur Babacar Fall a décrit l’emploi domestique comme « un des problèmes très importants de la société sénégalaise ». Il a expliqué que le projet MOCODOM vise à sortir ce travail de « son statut de l’ombre » pour l’inscrire dans l’agenda du travail général, avec les exigences de régulation, de protection sociale et de préservation des droits. Il a aussi salué l’implication des institutions nationales et internationales, des syndicats et des structures de recherche, en rappelant que « les centrales syndicales ont très tôt pris conscience de la nécessité d’accorder une place importante au travail domestique afin que cette question figure dans l’agenda des revendications ».
Prenant la parole ensuite, Mélanie, sociologue et chercheuse à l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD), a mis en avant le caractère inédit de la rencontre. Elle a insisté sur la diversité des acteurs présents à Dakar, notamment les travailleuses domestiques elles-mêmes, les organisations syndicales et les associations de défense des droits des femmes. Dans ce compte rendu adressé à Sud Quotidien, cette participation inclusive est présentée comme une avancée dans la reconnaissance du secteur.
Des difficultés persistantes et un cap fixé vers 2027
Au fil des échanges, plusieurs difficultés ont été relevées : faibles rémunérations, absence de couverture sociale, conditions de travail précaires, violences basées sur le genre, discriminations sociales et faible reconnaissance juridique. Les participants ont aussi souligné la difficulté de quantifier précisément le nombre de travailleurs domestiques, un obstacle pour l’élaboration de politiques publiques adaptées.
Les débats ont également porté sur la ratification par le Sénégal de la Convention 189 de l’OIT sur le travail décent pour les travailleurs domestiques, adoptée depuis 2011 mais toujours non ratifiée par le pays. Pour plusieurs intervenants, cette étape serait importante pour améliorer le cadre réglementaire et accompagner la formalisation progressive du secteur. En clôture, Babacar Fall a appelé à poursuivre les recherches et les concertations autour de « l’écosystème de l’emploi domestique », estimant que les discussions doivent déboucher sur des outils d’aide à la décision. « Rétablir les domestiques dans le droit, dans l’équité et dans la justice constitue une priorité du développement national », a-t-il affirmé, tandis que les organisateurs ont fixé l’horizon du 1er mai 2027 pour construire un agenda inclusif et concerté en faveur d’un emploi domestique décent, reconnu et mieux encadré au Sénégal.