Le maire de la commune de Niomré, Moubarack Lo, alerte sur la qualité de la couverture téléphonique dans les zones rurales et dénonce une situation qu’il juge inéquitable pour les populations et les collectivités locales. Dans une tribune, il estime que, trois ans après avoir déjà soulevé la question, « le monde rural reste un paria » des sociétés de télécommunications.
Selon lui, les populations rurales subissent un réseau de moindre qualité tout en accueillant des infrastructures de télécommunications sur leurs terres. « Il accueille sur ses terres des installations qui ne lui rapportent rien. Il en supporte les nuisances et les risques, pour la santé comme pour la sécurité », écrit-il.
Moubarack Lo met également en avant les inquiétudes liées aux antennes et pylônes installés à proximité des habitations. Il rappelle que l’ARTP avait mené en 2022 une campagne de mesures dans les 46 départements, avec une moyenne nationale de 0,73 V/m, tout en soulignant que certains points situés près des antennes avaient dépassé 6 V/m. Il regrette surtout que les communes rurales ne disposent pas, selon lui, des résultats détaillés des contrôles effectués sur les sites qu’elles accueillent.
Le maire dénonce par ailleurs le manque d’implication des collectivités dans l’installation et le contrôle de ces infrastructures. Il cite notamment le cas de Tanime, dans la commune de Niomré, où, affirme-t-il, l’opérateur Yas aurait installé une antenne dans une maison sans passer par la mairie.
Une redevance pour les communes rurales
Sur le plan financier, Moubarack Lo estime que les communes rurales devraient bénéficier d’une contrepartie pour l’occupation de leurs territoires. Il rappelle que la Cour suprême a déjà validé, dans son arrêt n°18 du 9 mars 2017 concernant la commune de Podor et la Sonatel, une redevance communale pour l’occupation d’un terrain relevant du domaine public.
Mais la situation serait différente lorsque les antennes sont implantées sur des terres du domaine national. « Ainsi, la commune urbaine peut encaisser une redevance, tandis que la commune rurale, plus mal desservie, n’a rien à réclamer », déplore-t-il.
Pour sortir de cette situation, le maire appelle les députés à intervenir par la loi. Il propose notamment « une contribution annuelle forfaitaire par antenne, versée à la commune d’implantation », estimant qu’une telle mesure permettrait de donner aux collectivités rurales une recette stable.
Plus de contrôle et un meilleur partage des infrastructures
Moubarack Lo plaide également pour une meilleure réglementation de l’occupation des terres du domaine national, avec des conventions entre opérateurs et communes précisant notamment l’emprise, la durée d’occupation, la contrepartie et les conditions de remise en état des sites.
Il demande aussi une mutualisation accrue des infrastructures. Il cite, à nouveau, le cas de Tanime, où Yas et Sonatel envisageraient, selon lui, d’implanter deux pylônes à quelques mètres l’un de l’autre. « Ce qui est incompréhensible », estime-t-il.
Enfin, il appelle l’ARTP à renforcer ses contrôles sur le terrain et à publier les résultats de la qualité du réseau « commune par commune, villages compris, en y associant les maires ». Il souhaite également que le Fonds de Développement du Service Universel des Télécommunications (FDSUT) joue pleinement son rôle dans les zones rurales mal ou non couvertes.
Pour Moubarack Lo, les collectivités doivent porter cette question collectivement auprès du gouvernement, de l’Assemblée nationale et des opérateurs. « Un habitant de Niomré paie ses appels et ses données au même prix qu’un Dakarois. Il a droit au même service, à la même sécurité, et sa commune à sa juste part. »



