Afrique subsaharienne : 820 millions de personnes couvertes restent hors ligne

Dans son édition 2026, le rapport sur la connectivité à l’Internet mobile met en évidence un décalage majeur en Afrique subsaharienne. Comme le rapporte Agenceecofin, le réseau haut débit est largement présent, mais son usage reste limité.

Le chiffre de 820 millions d’Africains couverts par un réseau mobile haut débit illustre cette situation. Ces personnes représentent 66 % de la population régionale, sans utiliser l’Internet mobile. Les utilisateurs connectés depuis leur propre appareil ne comptent que pour 25 % de la population.

Le déficit d’infrastructures est nettement plus réduit. Environ 110 millions de personnes, soit 9 % de la population, vivent encore dans des zones dépourvues de couverture haut débit mobile. À l’échelle mondiale, plus de 90 % des 3,4 milliards de personnes qui n’utilisent pas l’Internet mobile résident pourtant dans une zone couverte.

Le Sénégal illustre particulièrement ce paradoxe. La couverture 4G y atteint 97 % de la population et la 5G environ 40 %, mais seuls 8,16 millions de Sénégalais, soit 43 % de la population, utilisent l’Internet mobile. Parmi les habitants des zones déjà couvertes par un réseau mobile, 54 % restent ainsi hors ligne. L’enjeu ne se limite donc plus à étendre le réseau : il consiste aussi à rendre l’accès réellement utilisable.

Le coût du terminal et des données

La GSMA relève deux obstacles principaux chez les personnes qui connaissent l’Internet mobile sans s’en servir : le coût de l’équipement et l’insuffisance des compétences numériques. Le prix du téléphone est cité plus souvent en Afrique subsaharienne que dans les autres régions.

Fin 2025, un appareil d’entrée de gamme permettant d’accéder à Internet représentait 76 % du revenu mensuel moyen des 20 % les plus pauvres de la région. Au Sénégal, cet obstacle pèse aussi sur le contraste entre les territoires : 87 % de la population urbaine utilise régulièrement internet, contre 75 % en zone rurale. Un prix ramené à 30 dollars pourrait rendre ce type de téléphone accessible à 1,6 milliard de personnes, contre environ 2,2 milliards avec un tarif de 20 dollars.

Le coût des données pèse également sur l’usage. Un forfait mensuel de 20 Go équivaut à environ 14 % du revenu moyen en Afrique subsaharienne et approche 44 % pour les 20 % les plus pauvres. La hausse attendue du prix de la mémoire pourrait encore compliquer l’accès aux appareils.

La couverture ne suffit pas non plus à résoudre les difficultés des territoires les plus isolés. Pour les zones rurales où le déploiement de la fibre n’est pas viable, la Sonatel a lancé en décembre 2025 une offre satellitaire en partenariat avec Eutelsat. Cette solution répond à un problème d’infrastructure résiduel, mais le coût du terminal, des forfaits et les compétences nécessaires continuent de déterminer qui peut effectivement se connecter.

Ce décalage intervient alors que la 5G couvre déjà 57 % de la population mondiale, soit 4,7 milliards de personnes, tandis que la 4G atteint 94 %. La région doit donc encore rendre abordables des services accessibles techniquement, alors qu’une partie du marché mondial se concentre sur les nouveaux usages liés aux réseaux plus rapides.

Cette population représente aussi un marché potentiel pour le mobile money, les fintech, le commerce en ligne et les services publics numériques. Le Nigeria compte environ 140 millions de personnes dans ce déficit d’usage, devant l’Éthiopie avec 100 millions et la République démocratique du Congo avec 60 millions.

En 2025, 160 millions de nouveaux utilisateurs ont accédé à l’Internet mobile sur leur propre appareil dans le monde, contre 190 millions un an plus tôt.

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