Taysir et naissance de Serigne Babacar Sy : perçu comme un signe annonciateur d’une transmission spirituelle

La composition du Taysir, achevée en 1885, a coïncidé avec la venue au monde de Serigne Babacar Sy, qui deviendra le premier khalife de Seydi Elhadji Malick Sy. Dans la tradition tidiane, cette simultanéité est considérée comme un signe de bénédiction et comme l’annonce d’une transmission spirituelle.

Le Taysir, également connu sous le nom de Wasîlat al-Munâ, est présenté comme une œuvre consacrée aux 99 Noms divins et à la glorification de Dieu. Pape Amadou Sall, écrivain et professeur d’anglais, le décrit comme une œuvre spirituelle de grand art, réduite par sa taille mais vaste par son contenu.

Le récit, rapporté par lesoleil, situe la rédaction de l’ouvrage à Ndombo Sandjiry, près de Richard-Toll. En 1883, El Hadji Malick Sy s’était rendu dans le village natal de sa mère, Sokhna Fawade Wellé, après la naissance de son deuxième enfant, Sidy Ahmed Sy, à Saint-Louis. Sur la route, il avait rencontré le saint et érudit Mor Sine Kane, originaire de Keur Sine Leye Kane, auquel il avait promis de revenir.

Deux ans plus tard, il s’installa à Ndombo Alarba et rejoignit chaque jour Ndombo Sandjiry pour échanger avec Mor Sine Kane. C’est dans ce cadre qu’il entreprit la rédaction du Taysir, dont le titre renvoie à la voie d’intercession ou au moyen d’obtenir l’exaucement des vœux.

Une lecture spirituelle discutée

La coïncidence entre le Taysir et la naissance de Serigne Babacar Sy est également relevée comme un signe de transmission par plusieurs spécialistes. Selon Mouhamadou Mounirou Sy, professeur de droit public à l’Université Iba Der Thiam de Thiès et membre de la Cellule Zawiya tidiane de Tivaouane, le fils apparaît comme l’agent et le viatique associés à l’exaucement des prières.

Cette lecture des signes s’inscrit dans une tradition plus large de la poésie consacrée à la naissance du Prophète. À Tivaouane, Al-Busîrî et Cheikh Malick Sy sont ainsi mis en regard : chez Al-Busîrî, le récit concentre les signes sur la Perse, avec le palais de Kisrâ qui se fissure et le feu zoroastrien qui s’éteint. La comparaison donne à la naissance de Serigne Babacar Sy, survenue au moment où s’achevait le Taysir, une portée qui dépasse la seule coïncidence chronologique : elle nourrit l’idée d’un signe appelant une transmission spirituelle.

Alors qu’il terminait son ouvrage, El Hadji Malick Sy aurait vu en songe le Prophète, un mardi avant l’aube. Le même matin, un émissaire arrivé de Saint-Louis lui annonça la naissance de Serigne Babacar Sy.

Le sociologue des religions Cheikh Tidiane Mbaye estime que cette correspondance dépasse la seule chronologie. Dans la mémoire tidiane, elle relie l’œuvre intellectuelle d’El Hadji Malick Sy à la mission éducative de son fils, présenté comme l’héritier de son père et l’un des artisans du rayonnement de Tivaouane au XXe siècle.

Le directeur du Timbuktu Institute, Dr Bakary Samb, adopte une approche plus prudente. Il considère que cette interprétation relève davantage de l’herméneutique spirituelle que de l’histoire événementielle stricte. Il rappelle que le poème s’inscrit dans la tradition soufie du Tawassul, fondée sur la quête d’intercession et l’évocation des Noms divins.

Pour le chercheur, la naissance d’un héritier au moment où le maître compose un texte d’intercession est perçue par les disciples comme une annonce de la transmission. Il précise toutefois que cette lecture appartient davantage à la mémoire et à la piété tidianes qu’à une chronologie documentée.

Dr Bakary Samb décrit enfin cette continuité comme une filiation spirituelle préfigurée par des signes, plutôt qu’une succession strictement mécanique de père en fils.

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