Le 27 juin dernier, à l’occasion de la commémoration du 104e anniversaire du rappel à Dieu de Seydi Elhadji Malick Sy, affectueusement appelé « Maodo », des déclarations publiques ont remis en cause son ijaza, son autorité spirituelle, et l’authenticité de son célèbre poème « Taysiir », rapporte Lesoleil.
Cette polémique survient alors que le défunt Khalife général des Tidianes, Serigne Abdou Aziz Sy Al Amine, n’a cessé d’alerter, de son vivant, sur les comportements susceptibles d’ébranler le modèle sénégalais du vivre-ensemble. Il considérait le respect du guide religieux, des croyances et des manifestations d’autrui comme un véritable rempart contre les fractures sociales. Son message résonne aujourd’hui avec force, à l’heure où la mémoire de Maodo est ainsi interpellée.
Le débat dépasse le cadre d’une simple divergence doctrinale, souligne le quotidien. L’héritage de Maodo, figure majeure du patrimoine spirituel sénégalais, dépasse les appartenances confrériques. Le grand érudit marocain Sidi Ahmad Sukayrij voyait en lui celui qui avait « levé le voile sur les connaissances », une formule qui résume sa place singulière de maître capable de transmettre les sciences religieuses à tous.
Ces attaques contre un symbole religieux ne sont pas sans rappeler les tensions qui ont secoué le pays plus tôt dans l’année. Après la finale de la CAN 2025, des discours haineux avaient enflammé les réseaux sociaux, poussant Mohammed El Kébir Ben Sidi Ahmed Tidjani, Cheikh de la voie Tidjane, à lancer un appel solennel à l’apaisement depuis Fès. La récurrence de telles polémiques souligne la fragilité du pacte social bâti par les générations précédentes.
Face à cela, la réponse prônée par les bâtisseurs spirituels reste la même : opposer le savoir à l’ignorance, la pédagogie à la polémique. Préserver la paix civile exige de ne pas banaliser l’offense aux guides religieux. L’appel au respect et à la retenue de Serigne Abdou Aziz Sy Al Amine, décédé en 2017, demeure une boussole.
En 1917, l’administrateur colonial Paul Marty décrivait déjà Seydi Elhadji Malick Sy comme « le Cheikh religieux le plus important et le plus considéré de la colonie, comme il en est le plus lettré et le plus sympathique ».
