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Système éducatif extraverti : un professeur dénonce une école qui fabrique des commis d’administration

Près de la moitié des Sénégalais de 3 ans et plus – 49,1 % très exactement – n’ont aucun niveau d’instruction, selon le Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH-5, 2023). Ce chiffre, qui interpelle, donne la mesure du défi auquel le pays est confronté en matière d’éducation. Malgré les réformes engagées ces dernières années, le système éducatif sénégalais peine à sortir de déséquilibres structurels qui durent depuis plusieurs décennies, comme le souligne une tribune publiée par EnQuête+.

Dans cette analyse, un professeur d’université revient sur un constat qu’il avait déjà posé en 1993, alors qu’il était étudiant : l’enseignement au Sénégal privilégie la mémoire et la théorie, au détriment de la pratique et de l’esprit critique. Il dénonce un système « extraverti » qui inculque des valeurs européennes et forme avant tout des commis d’administration, perpétuant ainsi l’idéal du pacte colonial. Les enfants, dit-il, apprennent par cœur des concepts abstraits sans lien avec leur environnement immédiat. Pour illustrer son propos, il raconte comment son fils, en CE1, a su réciter les parties d’une feuille de manguier, mais que des élèves plus âgés, interrogés sur une feuille réelle, ont été incapables de les identifier.

Un élitisme qui décourage les vocations scientifiques

L’auteur pointe une conséquence directe de cette pédagogie : le dégoût du travail manuel et l’attrait exclusif pour les métiers de l’enseignement et la fonction publique. La moitié des effectifs de la fonction publique sénégalaise serait issue du corps enseignant, signe d’un système qui s’auto-reproduit. Les examens, conçus pour sélectionner une élite, éliminent massivement les étudiants qui n’ont pas suivi un parcours classique. « Les Burkinabè disent toujours que les Sénégalais sont forts en théorie et nuls en pratique », rappelle-t-il, citant un adage qui résume le malaise.

L’enseignement en français, ajoute-t-il, constitue une barrière supplémentaire : l’enfant doit assimiler une langue étrangère en même temps que des connaissances générales. Ceux qui peinent sont injustement qualifiés de médiocres, alors que l’usage des langues nationales pourrait lever ces difficultés. L’auteur appelle donc à une réforme en profondeur, allant jusqu’à une « rééducation de l’intelligentsia », pour que l’école fabrique des patriotes et des techniciens capables d’assurer le développement du Sénégal.

Des initiatives récentes, comme la Nouvelle Initiative pour la Transformation Humaniste de l’Éducation (NITHÉ) ou les consultations académiques organisées à Ziguinchor en juin 2026, montrent une volonté de changement. Mais pour le professeur, tant que l’école restera déconnectée du réel et de l’environnement sénégalais, les réformes risquent de rester lettre morte. Pourtant, des acteurs de terrain, réunis en forum académique à Ziguinchor sur la refondation curriculaire, ont déjà esquissé des pistes concrètes, associant société civile et autorités locales. Par ailleurs, un atelier de l’ARESRO sur la résilience du système éducatif, auquel a participé le directeur de l’INEAT Assane Sow, a permis de croiser regards de chercheurs et d’acteurs pour analyser crises et solutions. Ces travaux montrent que la réflexion avance, mais que le passage à l’échelle reste à construire.

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