Refonder l’éducation sénégalaise : l’appel à une vision globale du capital humain

Près de la moitié des Sénégalais de 3 ans et plus – 49,1 % très exactement – n’ont aucun niveau d’instruction, selon le Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH-5, 2023). Ce chiffre, qui interpelle, donne la mesure du défi auquel le pays est confronté en matière d’éducation. Malgré les réformes engagées ces dernières années, le système éducatif sénégalais peine à sortir de déséquilibres structurels qui durent depuis plusieurs décennies.

Des réformes sectorielles, mais une vision globale qui manque

La Nouvelle Initiative pour la Transformation Humaniste de l’Éducation (NITHÉ), la révision des curricula, le développement du numérique éducatif ou l’expérimentation des écoles « Nation-Armée » témoignent d’une volonté d’innovation. Pourtant, ces initiatives restent essentiellement sectorielles et ne remettent pas en cause les problèmes profonds : effectifs pléthoriques, abris provisoires, manque d’enseignants qualifiés en mathématiques, sciences et technologies, infrastructures insuffisantes (eau, électricité, blocs sanitaires, bibliothèques, laboratoires).

Dans beaucoup d’écoles élémentaires, les conditions minimales d’enseignement ne sont pas réunies. S’y ajoutent une prédominance de l’enseignement général, une faible valorisation de la formation professionnelle, des ruptures entre cycles, des grèves récurrentes et une articulation insuffisante entre l’enseignement formel et l’éducation non formelle.

Repenser le continuum éducatif

Pour EnQuête+, l’enjeu n’est plus d’accumuler des réformes, mais de porter une vision intégrée du continuum éducatif, du préscolaire à l’université, en passant par la formation professionnelle et l’éducation non formelle. Le cycle fondamental devrait être recentré sur les compétences essentielles – lire, écrire, raisonner, calculer, utiliser le numérique – avec un recrutement accru d’enseignants spécialisés. Chaque établissement devrait disposer d’un paquet minimum de services : salles fonctionnelles, eau, électricité, sanitaires, clôture, espace sportif, bibliothèque, laboratoire, jardin scolaire et cantine.

La formation professionnelle, trop longtemps considérée comme une voie secondaire, doit être repositionnée comme filière d’excellence, adossée aux potentialités économiques locales (agriculture, élevage, pêche, bâtiment, artisanat, numérique). L’intégration des daaras modernes et des écoles franco-arabes dans un cadre national cohérent est également une nécessité pour garantir un socle commun de compétences et des passerelles vers tous les niveaux de formation.

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