Soudan : le dossier des armes chimiques pose la question de la responsabilité internationale

Les révélations récentes concernant un programme présumé d’armes chimiques au sein de l’armée soudanaise ne soulèvent pas seulement une question militaire. Elles posent également celle de la responsabilité internationale face à l’utilisation potentielle d’armes interdites.

La Convention sur l’interdiction des armes chimiques interdit le développement, la production, le stockage et l’emploi de ces armes. Le chlore, lorsqu’il est utilisé comme arme, entre dans le champ de cette interdiction.

Or, plusieurs enquêtes publiées récemment décrivent un ensemble de documents qui pourraient témoigner de la fabrication et de l’utilisation de munitions contenant du chlore par les forces armées soudanaises.

Le New York Times affirme avoir examiné un important dossier transmis par une agence de renseignement du Moyen-Orient. Celui-ci comprendrait notamment des photographies, des vidéos, des plans de munitions, des documents et des communications interceptées décrivant un programme militaire développé en 2024.

De son côté, le Washington Post rapporte l’existence de documents évoquant des essais d’armes chimiques dans le désert et la constitution d’un stock présumé de munitions contenant du chlore. Le journal affirme également avoir soumis certains éléments visuels à des spécialistes de la criminalistique numérique, qui n’auraient pas identifié de manipulation dans les éléments examinés.

Ces révélations viennent s’ajouter à des investigations antérieures concernant des attaques présumées autour d’Al-Jaili, près de Khartoum.

Des témoins ont notamment décrit des difficultés respiratoires aiguës après une attaque aérienne et la présence d’objets ressemblant à des barils. Une enquête menée par d’anciens responsables de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques estime que plusieurs de ces éléments méritent une investigation officielle.

Le dossier comporte donc deux niveaux.

Le premier concerne l’établissement des faits : quelle substance a été utilisée ? Dans quelles quantités ? Par quel moyen ? Sur quelles cibles ? Et quelles personnes ont été exposées ?

Le second concerne les responsabilités : si l’utilisation d’une arme chimique était confirmée, quelles autorités ont ordonné, organisé ou exécuté les opérations concernées ?

Ces questions ne peuvent être tranchées par des déclarations politiques ou par les seules investigations journalistiques. Elles nécessitent une expertise internationale, l’accès aux sites concernés, l’analyse des preuves matérielles et l’audition des témoins.

Plusieurs anciens responsables de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques demandent précisément l’ouverture d’une enquête. Selon eux, les éléments disponibles justifient une investigation internationale.

Les autorités soudanaises contestent les accusations. Dans une réponse rapportée par le Washington Post, le gouvernement affirme que les informations concernant un programme d’armes chimiques sont fausses et réaffirme son attachement aux obligations découlant de la Convention sur les armes chimiques.

La suite dépendra donc de la capacité de la communauté internationale à établir les faits de manière indépendante.

Dans un conflit où les accusations de violations graves du droit international se multiplient, la question des armes chimiques constitue désormais un dossier que les mécanismes internationaux de contrôle devront examiner avec attention.

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