Soudan : 150 000 morts, la société civile sénégalaise alerte sur une guerre ‘oubliée’ par l’Afrique

Plus de 150 000 morts, près de 15 millions de déplacés et réfugiés. La guerre qui déchire le Soudan depuis avril 2023 a pris des proportions catastrophiques, mais reste largement ignorée, tant par l’Afrique que par la communauté internationale. C’est le constat dressé lors d’une rencontre à Dakar, vendredi 10 juillet, à l’initiative de la société civile sénégalaise, rapporte Sud Quotidien.

Au cours des échanges tenus au WARC, Ibrahima Kane, conseiller spécial à l’Open Society Foundation-Africa, a dénoncé « l’échec des mécanismes africains de recherche de solutions aux problèmes africains ». Selon lui, le conflit est devenu « une guerre par procuration » où des puissances extérieures poursuivent leurs intérêts stratégiques. « Quand il y a eu la crise en Ukraine, on a vu le niveau de mobilisation. Rien de tout cela pour le Soudan », a-t-il fustigé, pointant un « deux poids, deux mesures » flagrant.

L’ancien ambassadeur italien au Soudan, Michele Tommasi, a estimé que le bilan humain est bien supérieur aux estimations officielles : « On est nettement au-delà de 150 000 morts. Certaines sources parlent aujourd’hui de plus de 400 000 morts. » Il a aussi souligné que des crimes de guerre et crimes contre l’humanité ont été commis par les deux belligérants. Khardiatou Lo Ndiaye, ancienne responsable onusienne, a rappelé que la crise oppose l’armée régulière aux Forces de soutien rapide (FSR), une force paramilitaire devenue autonome. Pour le colonel sénégalais Mamadou Adje, l’origine de cette guerre réside dans « l’erreur stratégique » d’avoir mélangé forces militaires et milices civiles.

Ces alertes interviennent alors que le terrain ne cesse de s’enflammer. En mars 2026, l’armée soudanaise a repris Bara, une ville stratégique du Kordofan du Nord, après une offensive éclair. Début 2026, le chef des droits de l’homme de l’ONU, Volker Türk, qualifiait de « méprisable » l’achat de drones alors que la famine menace des millions de Soudanais. Et en janvier, l’ONU s’alarmait déjà du siège des villes de Dilling et Kadugli par les paramilitaires. Près de 30 millions de Soudanais dépendent aujourd’hui entièrement de l’aide humanitaire.

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