La dynamique du conflit soudanais vient de connaître une évolution militaire significative. Engagée dans une guerre civile meurtrière depuis près de trois ans, l’armée régulière a mené une opération d’envergure aboutissant à une importante reconquête territoriale face aux Forces de soutien rapide (FSR).
Selon les informations recueillies par Al Jazeera, les Forces armées soudanaises (FAS) ont repris le contrôle total de Bara, la deuxième plus grande ville de l’État du Kordofan du Nord. Cette avancée a permis d’expulser les éléments paramilitaires de la zone urbaine après une série d’affrontements intenses.
L’offensive s’est déroulée en deux phases. Aux premières heures de la matinée de jeudi, l’armée de l’air a d’abord mené des frappes ciblées contre les positions de déploiement des FSR à l’intérieur de la ville. Ces raids ont visé spécifiquement les concentrations de troupes et les équipements lourds.
Dans la foulée, les forces terrestres régulières ont déclenché un assaut surprise depuis leurs bases situées au nord d’El-Obeid, précisément depuis la localité d’Al-Dankoj. Cette manœuvre rapide leur a permis de progresser vers Bara et d’en verrouiller les accès principaux. Le bilan matériel et humain de cette opération est lourd pour les paramilitaires : des dizaines de combattants ont été tués lors d’affrontements directs et de frappes de drones. Nos sources militaires précisent également que 32 véhicules de combat des FSR ont été détruits et 10 autres récupérés intacts.
Ce basculement territorial intervient après plusieurs mois de redéploiement tactique. Repoussées de la capitale Khartoum en mars dernier, les FSR avaient réorienté leur campagne vers la région du Kordofan et la ville d’El-Fasher, au Darfour du Nord, tombée entre leurs mains en octobre.
La situation sécuritaire sur le terrain reste par ailleurs sous haute surveillance internationale. La prise d’El-Fasher par les paramilitaires a été suivie de signalements d’exécutions de masse, d’enlèvements, de viols et de pillages à grande échelle. Ces actes ont poussé la Cour pénale internationale (CPI) à ouvrir une enquête officielle pour crimes de guerre impliquant les deux parties au conflit. Un récent rapport des Nations unies souligne que les exactions commises par les FSR à El-Fasher portent les caractéristiques d’un génocide.
Au-delà des combats terrestres, le pays fait face à une urgence absolue, reléguée au second plan par d’autres crises internationales. Le Programme alimentaire mondial (PAM) indique que 12 millions de personnes ont été contraintes de fuir leurs foyers en raison des violences. Actuellement, 21,2 millions de Soudanais, soit 41 % de la population, sont confrontés à des niveaux élevés de pénuries alimentaires aiguës, constituant la plus grave crise de déplacement et de faim au monde selon l’ONU.