Sommet spatial de Paris : Leoblue et l’ASES signent pour l’alerte précoce

Les géants du spatial étaient réunis à Paris, mais les délégations africaines ont aussi occupé une place importante lors du sommet international consacré au secteur. Pour le continent, les échanges commerciaux et les accords ne relèvent pas seulement de la coopération technologique : ils conditionnent aussi, selon RFI Afrique, la capacité à maîtriser des données et des infrastructures devenues stratégiques.

Un protocole d’accord a notamment été conclu entre la start-up Leoblue et l’Agence sénégalaise d’études spatiales. L’accord porte sur une solution d’alerte précoce destinée à prévenir les pêcheurs en haute mer avant une tempête, à contribuer à la gestion des foules lors de grands événements et à signaler une urgence sanitaire. Ces usages illustrent la manière dont le spatial peut être intégré à des politiques publiques très concrètes.

Au Sénégal, cette approche s’inscrit dans une ambition plus large. Lors de la deuxième édition du Sénégal Space Week, l’État a présenté le spatial comme un levier de souveraineté, de défense et de géointelligence. Le ministre des Forces armées, Biram Diop, a souligné que la rivalité entre puissances se joue aussi dans l’espace. Le pays a par ailleurs adhéré aux Accords Artemis en juillet 2025, un partenariat stratégique salué par les États-Unis.

Cette présence africaine a été défendue par Yaya Silla, dirigeant de Sah Analytics International, une entreprise ivoirienne spécialisée dans les solutions liées à l’analyse des données spatiales. Il estime que des investissements sont nécessaires pour permettre au continent de développer ses propres produits et de créer un contrepoids à des groupes comme Starlink.

Le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Rwanda ont engagé un développement de leur secteur spatial. Maram Kairé, directeur général de l’Agence sénégalaise d’études spatiales, appelle à une stratégie de long terme fondée sur les infrastructures, la formation dans les pays africains et la conception de satellites sur place. Sa nomination, le 15 avril, au conseil consultatif mondial de Seraphim Space, en marge du Space Symposium de Colorado Springs, lui donne aussi une place dans les discussions internationales sur l’avenir du secteur, avec une perspective africaine.

Cette ouverture s’accompagne d’une diversification des partenariats. En 2024, l’ASES a été le seul pays africain invité à la Space Technology Conference d’Ankara et a signé un accord avec la Chine pour une future station orbitale. Pour Dakar, ces coopérations doivent donc soutenir une capacité nationale tout en renforçant sa marge de manœuvre entre les différentes puissances spatiales.

Pour le Dr Tidiane Ouattara, président du conseil de l’Agence spatiale africaine, les budgets ne doivent pas forcément être isolés dans une ligne consacrée à l’espace. Il préconise de financer les usages spatiaux à l’intérieur des programmes liés à l’eau, au transport urbain, à la pollution marine, à l’érosion côtière ou encore à l’agriculture.

Il insiste aussi sur la coordination entre les États afin d’éviter les duplications et de réunir des compétences complémentaires. L’Angola a ainsi signé un accord avec l’Afrique du Sud, tandis que l’Égypte et le Rwanda ont également conclu des partenariats avec d’autres pays. La construction d’un écosystème africain dépendra donc autant des moyens mobilisés que de la capacité à mutualiser les compétences et les infrastructures.

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