La capitale capverdienne, Praia, a accueilli pendant trois jours une mission de prospection sénégalaise à forte portée stratégique, marquant une nouvelle étape dans le renforcement des relations économiques entre le Sénégal et le Cap-Vert.
Conduite par le Conseil sénégalais des chargeurs, la délégation, composée notamment des directeurs généraux de l’ARM, du COSAMA et de l’ASEPEX, a multiplié les rencontres de haut niveau avec un objectif clair : renforcer le corridor Dakar–Praia, en ligne avec l’ambition des autorités sénégalaises de faire du pays un hub logistique sous-régional.
Dans le prolongement de la visite officielle du Président Bassirou Diomaye Faye au Cap-Vert l’an dernier, cette mission vise à accélérer la dynamique des échanges. Après une première phase test réussie dans l’exportation de ciment, le Sénégal entend désormais diversifier son offre, notamment à travers les filières agricoles et halieutiques.
Dès les premiers échanges, le constat est posé : malgré la qualité des relations diplomatiques entre Dakar et Praia, le volume des échanges commerciaux reste en deçà des attentes. Dans un pays où près de 90 % des besoins sont couverts par les importations, les opportunités apparaissent importantes pour les exportateurs sénégalais.
La Directrice générale du COSEC, Ndéye Rokhaya Thiam, a rappelé l’importance stratégique de ce corridor : « Le Président de la République considère le corridor Dakar-Praia comme l’un des axes à privilégier. Le transport et la logistique doivent donc être au coeur de la réflexion pour la matérialisation de cette ambition que nous partageons avec des structures clés comme l’ARM, le COSAMA et l’ASEPEX ».
Des obstacles identifiés, mais surmontables
Reçue par le Premier ministre capverdien, la délégation sénégalaise a relevé une volonté politique affirmée de renforcer les relations économiques bilatérales, a appris Senego. Ce dernier a souligné : « Pour que les relations économiques prospèrent il faut une volonté politique et elle est très forte du côté du gouvernement capverdien. Il faut maintenant être pragmatique et travaillons ensemble à lever les contraintes et concrétiser les opportunités. Nous avons une expérience positive avec l’importation du ciment du Sénégal qui a permis de baisser les prix. »
Les échanges avec les ministères du Commerce, de l’Agriculture et des Finances, ainsi qu’avec les Douanes et les autorités portuaires, ont permis d’identifier trois principaux freins : l’irrégularité des liaisons maritimes, les barrières non tarifaires et les contraintes phytosanitaires.
Toutefois, ces obstacles apparaissent maîtrisables. Les normes sont globalement harmonisées entre les deux pays, limitant les risques de blocage. Le principal défi reste logistique.
À ce sujet, le Directeur général du COSAMA a affirmé : « Nous prendrons toutes les dispositions nécessaires pour fluidifier les transactions entre les deux pays et accompagner la volonté politique des deux Etats. Si les conditions administratives sont réunies, le COSAMA est prêt, avec ses partenaires à mettre à disposition un navire qui se chargera d’assurer la liaison. »
Du diagnostic à l’action
La dernière journée de la mission a marqué un tournant, avec des signaux forts du gouvernement capverdien en faveur de la facilitation des échanges. Une approche pragmatique a été proposée : lancer une phase pilote de liaison maritime, l’évaluer puis l’ajuster.
Une équipe technique mixte sera mise en place pour accompagner cette initiative. Par ailleurs, la Direction générale des Douanes de Praia a annoncé des mesures facilitatrices, notamment en matière de dédouanement anticipé et d’exonérations sur certains produits stratégiques.
Des filières prêtes à se projeter
Du côté des acteurs économiques sénégalais, notamment dans les filières agricole et halieutique, l’engagement est déjà perceptible. Le Directeur de l’ASEPEX a tenu à rassurer sur la qualité des produits : « Je tiens à vous rassurer sur la qualité des produits sénégalais qui se retrouvent sur les marchés européens, américains et autres. Nous sommes bien vu à l’étranger et ce parce nous sommes très exigeants sur ce que nous proposons. »
La rencontre avec les opérateurs sénégalais établis à Praia a permis de concrétiser des perspectives de partenariat, avec des commandes déjà enregistrées pour une prochaine exportation.
Une dynamique enclenchée
Au terme de la mission, les obstacles apparaissent désormais clairement identifiés et assortis de solutions. Entre volonté politique, complémentarités économiques et mobilisation des acteurs, le corridor Dakar–Praia entre dans une phase décisive.
L’enjeu est désormais de traduire cette dynamique en résultats concrets, afin de faire de cette proximité géographique un véritable levier d’échanges et d’intégration régionale.










