En ce mois de mai 2026, le changement de Premier ministre intervient au moment où le Sénégal cherche à relancer ses discussions avec le Fonds monétaire international, sur fond d’incertitude financière et de forte pression sur la dette publique. L’exécutif a nommé Ahmadou Al Aminou Lo pour tenter de rassurer les partenaires extérieurs et obtenir le déblocage d’un programme de 1,8 milliard de dollars gelé par le FMI.
Cette décision est intervenue après des tensions accrues sur les marchés. Selon des informations rapportées par Reuters et relayées notamment par Pressafrik, les obligations d’État du Sénégal ont fortement reculé, les investisseurs redoutant désormais une restructuration de la dette après la découverte d’un passif non déclaré qui a porté le ratio dette/PIB au-dessus de 130 %. Dans ce contexte, Ousmane Sonko, très critique envers l’institution, avait déclaré devant les députés que le FMI n’avait « jamais développé de pays ».
Le choix d’Ahmadou Al Aminou Lo s’inscrit dans un calendrier particulièrement sensible. Nommé le 25 mai, il avait déjà accompagné le Sénégal dans ses négociations avec le FMI, ses émissions d’eurobonds et ses échanges avec les agences de notation. Son arrivée à la Primature coïncide avec un moment où la question de la dette est devenue centrale dans les discussions entre Dakar, les bailleurs et les investisseurs.
Mais la reprise en main technique ne lève pas les blocages signalés par plusieurs analystes. Morgan Stanley et Barclays estiment que le FMI ne validera pas d’accord sans suppression des subventions aux carburants, une mesure décrite comme politiquement et socialement risquée alors que la facture énergétique pourrait dépasser 2 milliards de dollars en 2026. Les mêmes analyses évoquent aussi un risque de tensions sociales alimentées par l’inflation.
L’équation est d’autant plus délicate que l’éviction d’Ousmane Sonko est présentée comme un facteur supplémentaire d’incertitude politique, son parti conservant le contrôle de l’Assemblée nationale. En novembre 2025 déjà, Standard & Poor’s avait abaissé la note souveraine du Sénégal de B- à CCC+, en mettant en avant l’augmentation des besoins de financement brut et le recours plus intensif au marché régional à des maturités courtes.
Bassirou Diomaye Faye a récemment rencontré la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, en marge de la séance plénière d’ouverture du sommet Africa Forward, et la présidence a indiqué que les échanges ont porté sur la situation de la dette du Sénégal et sur les pistes envisagées pour parvenir à une solution durable.