Le 8 septembre, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô a présenté sa déclaration de politique générale devant une Assemblée nationale dominée par le Pastef. Après huit heures de débats, son discours a affiché la continuité avec le référentiel Sénégal 2050, tout en annonçant une nouvelle méthode de gouvernement. Sa nomination intervient dans une séquence où l’exécutif cherche aussi à rassurer ses partenaires extérieurs et à obtenir le déblocage d’un programme du FMI de 1,8 milliard de dollars, gelé après la découverte d’un passif non déclaré.
La dette et le FMI au Sénégal occupent toutefois le centre du débat. Le chef du gouvernement a reconnu que le pays était « pauvre actuellement très endetté ». La dette dépasse 100 % du PIB pour la période ouverte en avril 2024, tandis que la révélation du passif a porté le ratio dette/PIB au-dessus de 130 % et entraîné un fort recul des obligations d’État sénégalaises. Il a aussi évoqué un « ajustement structurel » avant de déclarer, le lendemain, qu’il n’y en avait pas au Sénégal. Cette contradiction s’ajoute au refus d’employer directement le terme de « restructuration ».
Le gouvernement cherche à restaurer la stabilité macroéconomique et à améliorer la soutenabilité de la dette après l’accord conclu avec le FMI. Il privilégie le terme de « reprofilage », qui doit permettre d’allonger les maturités et de réduire le coût moyen de l’endettement. S&P Global Ratings juge toutefois « extrêmement probable » un échange de dette en difficulté ou un défaut sur la dette commerciale en devises. Ces éléments ont nourri les critiques de Guy Marius Sagna et d’Abdou Mbow. Le premier a reproché à l’exécutif d’avoir « donné la voix du Sénégal au FMI sans discuter avec l’Assemblée nationale ». Le second a décrit la déclaration comme un « résumé sans profondeur fabriqué par un cabinet ».
Le désaccord porte aussi sur la trajectoire à suivre. Le Sénégal a déjà eu recours aux prêts du FMI après les alternances de 2000 et de 2012, pour financer des infrastructures, des aides aux étudiants et des hausses de salaires. Mais, dans la période ouverte en avril 2024, le pays n’a pas reçu de prêt du Fonds pendant au moins deux ans. La recherche d’un nouvel appui financier se heurte donc à la nécessité de réduire les dépenses, alors que la Vision 2050 entend refonder le modèle productif sur la souveraineté, la justice sociale et la prospérité partagée.
L’analyse publiée par Timbuktu-institute relève aussi la pression sociale qui accompagne cette séquence financière. Le 5 septembre, la « marche des paniers vides », organisée à Dakar dans le cadre de la mobilisation « Trente jours pour le juste prix », a dénoncé la hausse des denrées alimentaires, de l’électricité, du carburant et des loyers. Le risque est précisément de faire peser l’ajustement sur des ménages déjà exposés à la hausse du coût de la vie, au moment où les discussions avec le FMI reprennent après plusieurs missions techniques et l’amorce de négociations pour un nouveau programme.
Pour réduire les dépenses, l’exécutif prévoit de contenir la masse salariale, les recrutements et les dépenses de fonctionnement. Il veut également cibler davantage les aides destinées aux ménages vulnérables, tout en maintenant notamment le soutien au gaz butane domestique. La suppression de dix-neuf agences est annoncée d’ici à la fin novembre. L’enjeu est de concilier ces mesures avec la promesse de souveraineté économique et de justice sociale portée par Bassirou Diomaye Faye, sans compromettre le retour du Sénégal à une trajectoire financière soutenable.
