La rupture entre le président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko a ouvert une nouvelle séquence politique au Sénégal, après la fin du gouvernement dirigé par l’ancien Premier ministre. Cette fracture intervient alors que le pays fait déjà face à une situation économique difficile et à des attentes fortes sur les réformes.
Les désaccords entre les deux hommes remontaient à plusieurs mois. En juillet 2025, Ousmane Sonko avait publiquement évoqué un « problème d’autorité » dans le pays. Début mai, Bassirou Diomaye Faye avait ensuite dénoncé une « personnalisation excessive » du pouvoir au sein du Pastef. Comme l’a rapporté Mediacongo, quelques heures avant son départ du gouvernement, vendredi matin, Sonko avait encore critiqué le chef de l’Etat à l’Assemblée nationale sur la transparence dans la gestion des fonds politiques.
Une majorité parlementaire au centre des équilibres
La question immédiate porte désormais sur la capacité du président à gouverner avec une Assemblée nationale où le Pastef reste majoritaire. Dans son analyse relayée par l’AFP, Babacar Ndiaye, directeur de recherche au sein du think tank Wathi, estime que la cohabitation avec cette majorité pourrait devenir compliquée. Le président doit nommer un nouveau Premier ministre, qui devra obtenir l’approbation des députés dans un délai de trois mois. Selon le même analyste, les députés disposent aussi des moyens nécessaires s’ils choisissent de déposer une motion de censure ou de défiance.
Cette contrainte institutionnelle est renforcée par le calendrier. Bassirou Diomaye Faye ne peut pas dissoudre l’Assemblée nationale avant novembre 2026, soit deux ans après le début de la législature. Dans l’immédiat, le limogeage de Sonko a entraîné la dissolution du gouvernement, et les ministres sortants ont été chargés d’expédier les affaires courantes en attendant la formation d’une nouvelle équipe.
Sur le terrain politique, les premières réactions ont déjà été visibles à Dakar. Vendredi soir, des centaines de militants se sont rassemblés devant le domicile d’Ousmane Sonko pour lui apporter leur soutien. Dans les heures qui ont suivi, Mouhamed Abdallah Ly, directeur général du Musée des Civilisations noires, a démissionné pour protester contre le départ de Sonko.
La crise se déroule en même temps qu’un bras de fer sur la ligne économique. Depuis 2024, les autorités accusent l’ancien président Macky Sall d’avoir dissimulé une partie de la dette publique, ce qui a conduit à la suspension d’un programme d’aide du FMI de 1,8 milliard de dollars. La dette est aujourd’hui présentée à 132 % du PIB. Sur ce dossier, Bassirou Diomaye Faye défend des discussions avec le FMI pour un nouveau programme, tandis qu’Ousmane Sonko soutenait une ligne souverainiste. Vendredi, Modou Diaw, conducteur de moto-taxi à Dakar, a déclaré : « Le pays a besoin d’emplois, pas de politique ».