Saipem : Les 91 travailleurs licenciés réclament cinq milliards de francs CFA, Diomaye interpelé

Près d’une décennie après leur licenciement, les 91 anciens travailleurs sénégalais de Saipem SA relancent leur combat. Réunis jeudi en conférence de presse, ils réclament à l’entreprise cinq milliards de francs CFA d’indemnités, auxquels ils souhaitent voir s’ajouter des dommages et intérêts. Ils demandent également des éclaircissements sur d’éventuelles actions qu’ils détenaient dans l’entreprise.

L’affaire remonte aux années 1990, lorsque ces travailleurs évoluaient sous l’enseigne Bouygues Offshore. Selon le collectif, Saipem SA a racheté la société en 2002 et poursuivi les relations professionnelles jusqu’en 2015-2016, période durant laquelle les intéressés ont reçu leurs lettres de licenciement. Les anciens employés considèrent ces ruptures comme abusives et affirment n’avoir pas perçu les indemnités auxquelles ils estiment avoir droit.

Une bataille judiciaire qui dure

Après les licenciements, les travailleurs ont saisi la justice. En première instance, le tribunal avait estimé que l’existence des relations de travail n’était pas suffisamment établie. La Cour d’appel a ensuite infirmé cette décision, en se référant notamment à un protocole de conciliation signé en 2008. Une interprétation contestée par les travailleurs, qui soutiennent que les relations professionnelles se sont poursuivies jusqu’aux licenciements de 2015-2016.

La Cour suprême a finalement confirmé les décisions rendues en appel. Mais le collectif affirme disposer aujourd’hui de nouveaux éléments susceptibles de permettre une révision du dossier.

Parmi ces éléments, les camarades de Abdou Diédhiou, coorddonnateur dudit collectif, citent notamment un certificat de travail délivré par Saipem à l’un des anciens employés. Pour eux, ce document constitue une reconnaissance de l’existence d’une relation de travail avec la société. Ils évoquent également les liens entre Saipem et Global Petro Project Services, présentée comme une structure liée au groupe et intervenant notamment dans le recrutement.

L’État interpellé

Après l’épuisement des procédures judiciaires, les anciens travailleurs se sont tournés vers les autorités. Ils indiquent avoir rencontré les services du ministère de l’Énergie en février 2025, après des instructions de la présidence de la République.

Le collectif affirme également avoir saisi l’ex Premier ministre Ousmane Sonko, le 8 octobre 2025, par l’intermédiaire de son secrétaire général, Boubacar Kamara. Une rencontre aurait permis d’examiner le dossier, sans qu’une solution concrète ne soit trouvée.

Les travailleurs disent avoir été reçus une nouvelle fois, le 29 juin dernier, par le directeur de cabinet du président de la République. Selon eux, des démarches devaient être engagées auprès de Saipem.

Ils lancent donc un nouvel appel au chef de l’État.

« Nous réclamons cinq milliards, plus les dommages et intérêts »

Au cœur de leurs revendications figure une enveloppe de cinq milliards de francs CFA, hors dommages et intérêts.

« Nous réclamons cinq milliards, plus les dommages et intérêts », martèlent les représentants du collectif, qui estiment cette somme à la hauteur du préjudice subi par les 91 travailleurs.

Ils mettent en avant la poursuite des activités de Saipem au Sénégal, notamment dans le secteur pétrolier et gazier, avec son implication dans le projet Grande Tortue Ahmeyim (GTA).

Pour eux, il est difficilement compréhensible qu’une multinationale toujours active dans le pays ne puisse régler le contentieux avec d’anciens employés ayant consacré plusieurs années à son développement.

La comparaison avec la France

Pour appuyer leur revendication, les travailleurs évoquent également des dossiers ayant opposé Saipem à des salariés en France. Ils affirment que certains employés y ont obtenu des indemnisations à la suite de procédures judiciaires.

« En France, des licenciés ont été indemnisés dans des cas que nous considérons comme moins graves », soutiennent-ils, estimant que leur situation mérite le même niveau d’attention.

Le collectif critique par ailleurs certaines initiatives sociales de Saipem au Sénégal, notamment la formation annoncée de 120 jeunes de l’espace CEDEAO aux métiers du pétrole et du gaz. Les anciens travailleurs jugent paradoxal qu’une entreprise développe de telles actions tout en laissant, selon eux, 91 de ses anciens employés sans réparation.

Ils dénoncent même ce qu’ils qualifient de « trafic d’influence », une accusation avancée par le collectif mais qui, dans leur déclaration, n’est pas étayée par une décision de justice.

Des vies « sacrifiées »

Au-delà de la bataille financière, les 91 anciens employés insistent sur les conséquences humaines du conflit. Certains seraient aujourd’hui confrontés à des difficultés sociales, à la maladie ou au handicap.

« Nous avons sacrifié toutes nos vies et consenti toutes nos activités pour que cette entreprise devienne ce qu’elle est », déclarent-ils.

Le collectif réclame également des explications sur d’éventuelles participations détenues par les travailleurs. Ils affirment qu’à l’époque de Bouygues Offshore, un responsable leur avait demandé ce qu’ils comptaient faire de leurs actions. Depuis les différentes évolutions du groupe, ils disent ignorer ce qu’elles sont devenues.

« L’État a le droit de s’approcher du collectif »

Les anciens travailleurs souhaitent désormais que l’État reprenne le dossier en main, notamment à la lumière des éléments nouveaux qu’ils disent détenir.

« L’État a le droit de s’approcher du collectif. Nous allons lui donner les bonnes informations », assurent-ils.

Après plusieurs années de procédures et de démarches administratives, les 91 ex-travailleurs veulent désormais une issue définitive. Ils demandent à l’État de favoriser un règlement avec Saipem autour de leurs cinq milliards de francs CFA de réclamations, des dommages et intérêts et de la clarification de leurs éventuels droits sur les actions.

Le collectif entend ainsi transformer une bataille judiciaire qui dure depuis près de dix ans en un règlement négocié, avec l’intervention directe des autorités sénégalaises.

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