L’initiative des députés de la majorité de déposer une proposition de loi reprenant le projet de révision constitutionnelle du président de la République suscite une vive controverse. Le professeur agrégé de science politique à l’université Gaston Berger de Saint-Louis, Maurice Soudieck Dione, et l’ancien président du groupe parlementaire « libéral et démocratique » (2007-2012), Doudou Wade, prennent leurs distances avec cette démarche, qu’ils jugent problématique sur le plan institutionnel.
Dans un entretien croisé accordé à Sud Quotidien, Doudou Wade souligne qu’aucun précédent ne figure dans les archives des révisions constitutionnelles du Sénégal depuis 1957. « Toutes les révisions ont été recensées dans les travaux du professeur Ismaïla Madior Fall. Cela ne s’est jamais vu auparavant. On a l’impression d’assister à un jeu du chat et de la souris », déclare-t-il. Il rappelle que le président avait saisi le Conseil constitutionnel pour avis le 5 mai et que ce dernier a répondu le 13 mai, avant que les députés ne déposent leur propre texte.
Maurice Soudieck Dione, de son côté, estime que « du point de vue de la cohérence institutionnelle et de l’élégance républicaine, cette initiative des députés pose problème ». Il juge qu’il fallait laisser au président la latitude de poursuivre la procédure qu’il a engagée, d’autant que le Conseil constitutionnel a déjà procédé au « toilettage » du projet initial. L’universitaire voit dans cette situation le signe d’une rupture consommée entre les acteurs, déjà perceptible dans l’élection de Ousmane Sonko à la présidence de l’Assemblée nationale après son limogeage de la Primature. Ces analyses, rapportées par Seneplus, soulignent la gravité de la situation.
Les deux analystes mettent en garde contre un risque de crise institutionnelle. « Nous sommes déjà dans une situation de crise. Les acteurs ne se parlent plus et chacun agit de son côté », avertit Doudou Wade, qui dénonce une « lutte désordonnée » susceptible de conduire le pays vers une situation grave.


