Le Secrétariat exécutif national (SEN) de l’Alliance pour la République (APR) hausse le ton contre la révision constitutionnelle en cours. Dans un communiqué publié à l’issue d’une réunion tenue à Dakar, l’ancien parti au pouvoir dénonce une « dérive institutionnelle » et exige que toute modification de la Loi fondamentale soit soumise à un référendum.
Pour l’APR, le Sénégal traverse une période de « fortes turbulences » marquée par la dégradation des conditions de vie, la baisse du pouvoir d’achat, le chômage et les coupures d’électricité. Le parti estime que le pouvoir est davantage absorbé par « des querelles de positionnement politique, des luttes de leadership et des réformes institutionnelles dont l’urgence n’est nullement démontrée ».
« Une énième forfaiture politique »
Le SEN qualifie la proposition de révision initiée par les députés de la majorité d’« énième forfaiture politique contre la souveraineté du peuple ». Il dénonce l’absence de débat démocratique, de consensus national et de justification urgente. « Une Constitution n’appartient ni à un Gouvernement, ni à une majorité parlementaire, ni à une coalition politique. Elle appartient au peuple sénégalais », rappelle le communiqué.
L’APR appelle l’opposition, les organisations de la société civile, les syndicats, les mouvements de jeunesse et l’ensemble des citoyens à se mobiliser pour exiger la consultation directe du peuple. Le parti s’étonne par ailleurs de la démarche « cavalière » du Parlement, alors que le projet de réforme du président de la République aurait déjà été soumis pour avis au Conseil constitutionnel.
Cette prise de position intervient dans un contexte où le Bureau de l’Assemblée nationale a validé la recevabilité d’une proposition de loi constitutionnelle portée par des députés de la majorité, comme l’écrit l’APR dans son document. Actusen rapporte que le parti voit dans cette précipitation des « rapports de force internes » plutôt que la volonté de renforcer la démocratie.
Le projet de révision porté par le président Bassirou Diomaye Faye, rendu public le 27 avril 2026, prévoit notamment la création d’une Cour constitutionnelle, le renforcement du Premier ministre et l’interdiction pour le président de diriger un parti. Le Conseil constitutionnel a validé l’initiative mais imposé des corrections, dont le verrouillage de la limitation des mandats. La révision s’inspire des Assises de la Justice (2024) et du Dialogue national (2025). L’enseignant-chercheur en droit public Yaya Niang a questionné la révision, soulignant que le texte prévoit la suppression du Conseil constitutionnel.

