Le rapport alternatif sur trois décennies d’application du Programme d’action de Beijing a été rendu public mardi à Dakar à l’initiative de J-GEN Sénégal. « On ne peut pas reprocher au Sénégal une faiblesse des textes, mais ce qu’il faut déplorer, c’est la faiblesse sur le plan des mesures à prendre pour les rendre effectifs », y déclare une personne ressource, résumant le fossé entre avancées législatives et réalité du terrain.
L’étude, dirigée par la sociologue Selly Ba, fait le point sur les engagements du pays en faveur de l’égalité des sexes. Malgré la criminalisation du viol et de la pédophilie (2020), la loi sur la parité, l’installation de cellules genre ministérielles et la Stratégie nationale d’autonomisation économique des femmes, le Sénégal n’occupe que le 127e rang mondial de l’indice d’inégalité de genre du PNUD. Des progrès sont toutefois visibles : à l’issue des législatives de 2024, 68 femmes sont entrées à l’Assemblée (41 % des députés), et la mortalité maternelle a diminué de 315 à 213 décès pour 100 000 naissances vivantes.
Des obstacles de taille persistent néanmoins. La pauvreté s’est aggravée, avec un demi-million de personnes supplémentaires touchées entre 2018 et 2022. Par ailleurs, près d’un tiers des femmes (31,9 %) ont été victimes de violences l’an dernier, mais 99,3 % n’ont cherché aucune aide. La planification familiale laisse encore 21,9 % de besoins non couverts, et l’interruption volontaire de grossesse reste quasiment interdite : 34 000 avortements ont été comptabilisés en 2020, les trois cinquièmes à haut risque, provoquant 8 % des décès maternels. En dépit de la ratification du Protocole de Maputo en 2004, l’article 305 du Code pénal continue de sanctionner l’avortement, sauf péril vital pour la mère.
En matière de santé et de droits, la société civile presse d’harmoniser la loi avec le Protocole de Maputo pour autoriser l’avortement médicalisé en cas de viol, d’inceste ou de danger, d’introduire le viol conjugal dans le Code pénal, d’assurer un accès universel aux soins de santé reproductive et d’améliorer les statistiques ventilées par genre. Le rapport insiste également sur la nécessité d’un meilleur partage des compétences entre les nombreuses structures dédiées à l’autonomisation économique des femmes, afin d’éviter les chevauchements et de maximiser l’impact des fonds. Une position rejointe, en juin 2026, par Thérèse Diouf Faye, présidente du Réseau des Femmes Élues Locales d’Afrique (REFELA), qui soulignait déjà que « l’égalité réelle passe par le pouvoir économique des femmes, au-delà de la simple représentation politique ».
Maimouna Astou Yade, présidente de J-GEN, a souligné que ce rapport « sera un instrument de plaidoyer qui doit aider l’État à avoir des informations crédibles afin de rectifier certains manquements ». La restitution s’est tenue en présence de l’Agence de Presse Sénégalaise (APS) et a réuni autorités publiques, société civile et partenaires techniques, dont les professeures Ndioro Ndiaye, Penda Seck Diouf et l’ancienne ministre Néné Fatoumata Tall.


