Proposition de loi sur les caisses noires : le Pastef face aux critiques de l’opposition et de la société civile

Des députés du Pastef ont déposé une proposition de loi visant à réguler les fonds politiques appelés « caisses noires », que l’Assemblée nationale a jugée recevable, selon RFI. L’initiative a rapidement provoqué une polémique, les opposants y voyant une occasion de réclamer des comptes sur la manière dont le parti au pouvoir depuis 2024 a utilisé ces mêmes ressources.

Ces fonds, souvent désignés comme « caisses noires » ou fonds spéciaux, existent dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, héritage des budgets de souveraineté traditionnellement exemptés de justifications détaillées. Leur réforme se heurte partout au même paradoxe : les partis qui, dans l’opposition, prônent la transparence, se trouvent ensuite, une fois aux affaires, obligés de défendre leur propre gestion de ces enveloppes.

L’opposition et la société civile montent au créneau

L’attaque la plus frontale vient de Thierno Bocoum, président du parti d’opposition Agir. Il a rappelé que lorsqu’il était Premier ministre, Ousmane Sonko avait lui-même jugé ces fonds « haram », tout en demandant leur encadrement. « Les avoir utilisés pendant deux ans, et attendre jusqu’à deux jours de la rupture pour annoncer qu’il a reçu des fonds politiques, il y a un véritable problème », a-t-il déclaré, cité par RFI. Du côté des organisations civiles, l’ONG 3D et le Forum du justiciable exigent que les rapports d’utilisation des fonds de la Primature et de l’Assemblée soient rendus publics avant toute réforme. En juin dernier, le coordonnateur du Forum du justiciable, Babacar Bâ, avait déjà interpellé le président de la République sur ces mécanismes qu’il juge opaques, dénonçant « une anomalie institutionnelle ».

Le Pastef défend sa réforme

La formation au pouvoir assure que cette réforme s’inscrit dans la continuité de ses programmes présidentiels de 2019 et 2024, qui visaient spécifiquement les crédits spéciaux. Ayib Daffé, président du groupe parlementaire Pastef, a balayé les critiques, estimant que « on ne peut pas nous critiquer sur la pertinence du projet parce que ça vise la transparence », selon RFI et Seneplus. Le texte a été transmis pour avis au président Bassirou Diomaye Faye, qui dispose de dix jours pour se prononcer sans y être obligé.

Ce nouvel épisode s’inscrit dans un contexte plus large de tensions autour de la transparence au Sénégal. En juin 2026, l’Assemblée nationale a adopté une révision constitutionnelle incluant la déclaration obligatoire des actifs en fin de mandat et l’interdiction pour le chef de l’État de présider un parti politique. Des dispositions auxquelles le président Diomaye Faye s’est opposé après son accession au pouvoir, suscitant des interrogations. La proposition de loi sur les caisses noires devrait désormais être examinée lors d’une session extraordinaire de l’Assemblée nationale, après l’avis du chef de l’État.

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