Dans une tribune publiée sur Xalaat TV, le juriste et chroniqueur Pape Samba Seye répond à Pape Alé Niang, auteur d’une contribution intitulée « Par devoir de reconnaissance ». Seye s’interroge sur l’évolution de la position de l’ancien journaliste, aujourd’hui directeur général de la RTS, notamment dans son rapport au pouvoir.
Tout en reconnaissant à Pape Alé Niang « sa liberté et ses convictions » de rendre hommage à Serigne Moustapha Sy, Pape Samba Seye estime que son texte soulève une question de fond : « où se situe aujourd’hui Pape Alé Niang dans le débat public ? »
Selon lui, Pape Alé Niang défendait auparavant une conception exigeante du journalisme, fondée sur l’indépendance vis-à-vis du pouvoir et le contrôle de l’action publique. « Une presse qui ne devait rien au pouvoir, qui interrogeait ses décisions, exigeait des comptes et rappelait inlassablement aux dirigeants leurs propres engagements », rappelle-t-il.
Le chroniqueur estime que cette exigence devrait rester constante, quel que soit le régime en place. Il reproche ainsi à Pape Alé Niang une forme de retenue face au pouvoir actuel : « C’est justement cette exigence, cette constance qui semble aujourd’hui lui manquer. »
La RTS au cœur des interrogations
Pape Samba Seye concentre également ses critiques sur la RTS, dirigée par Pape Alé Niang. Pour lui, le média public ne peut être assimilé à un instrument au service de son directeur général.
« La RTS n’est pas une propriété personnelle de son directeur général », martèle-t-il, rappelant qu’elle est financée par les ressources publiques et doit donc « informer tous les Sénégalais, avec équité, neutralité et indépendance éditoriale ».
Il cite notamment l’absence de retransmission en direct par la RTS de l’installation de Ousmane Sonko à la présidence de l’Assemblée nationale. Une décision qu’il juge difficilement compréhensible au regard de l’importance institutionnelle de l’événement.
« Il ne s’agissait pas d’un meeting politique de Pastef. Il ne s’agissait pas d’une activité partisane. Il s’agissait de l’installation officielle du président de la deuxième institution de la République », souligne-t-il.
Pour le juriste, la nature publique de la RTS impose précisément une obligation renforcée de neutralité. « La RTS aurait dû être au rendez-vous », affirme-t-il.
« Le pouvoir change, les principes doivent rester »
Pape Samba Seye considère ainsi que le changement de régime ne saurait justifier un changement des principes défendus auparavant.
« On ne peut pas avoir dénoncé hier les médias publics lorsqu’ils semblaient mettre leur antenne au service du pouvoir, puis considérer aujourd’hui comme secondaires les mêmes principes lorsque les circonstances politiques nous sont favorables », déclare-t-il.
Il rappelle que Pape Alé Niang avait longtemps défendu l’idée que « le journaliste doit rester du côté du citoyen, pas du côté du pouvoir ». Une exigence qui, selon lui, devrait être encore plus forte depuis sa nomination à la tête du principal média public du Sénégal.
« Le problème n’est pas qu’il soit devenu directeur général de la RTS. Le problème serait qu’en devenant directeur général, il ait cessé d’être cet observateur exigeant du pouvoir qu’il nous demandait, hier, de respecter », estime-t-il.
En conclusion, Pape Samba Seye invite Pape Alé Niang et, plus largement, les acteurs du débat public à appliquer aux nouvelles autorités les mêmes standards qu’aux précédentes.
« Sommes-nous encore capables d’exiger du pouvoir actuel ce que nous exigions du pouvoir précédent ? », interroge-t-il, avant de conclure : « C’est cela, au fond, le véritable devoir de mémoire. »
