Le chanteur, compositeur et arrangeur sénégalais Ouza Diallo a partagé ses souvenirs sur sa relation avec l’ancien président Abdoulaye Wade, figure historique dont le centenaire, célébré les 4 et 5 juin 2026, marque un moment charnière pour le Sénégal et l’Afrique. À 100 ans, Wade incarne bien plus qu’un ancien chef d’État : il reste le symbole d’une rupture politique majeure, lui qui, en fondant le PDS en 1974, a brisé le carcan du monopartisme pour ouvrir le pays au multipartisme, une audace qui a redessiné le paysage démocratique sénégalais.
Ouza Diallo, de son vrai nom Ousmane Diallo, raconte comment il a accompagné Wade lors de la campagne présidentielle de 1988, une époque où le PDS, alors parti d’opposition, bousculait déjà les habitudes politiques. « Il m’avait parlé du PS d’Abdou Diouf en premier. Je lui ai dit non. Et il est revenu à la charge pour me demander d’accompagner Abdoulaye Wade. J’ai accepté parce que Wade, je ne le connaissais pas à l’époque, mais on avait les mêmes idées », confie-t-il. Leur première rencontre a eu lieu à l’hôtel Terrou-Bi, sur la corniche ouest de Dakar, en présence d’autres artistes comme Makhou Lebougui et Sow Sabor, dans une atmosphère où l’engagement politique se mêlait à la ferveur créative.
L’artiste précise qu’il avait posé une condition à sa participation : ne pas monter sur scène lors des meetings. « Je ne fais pas de meeting. Je vais jouer avant le meeting et le soir, on va jouer dans les boîtes de nuit », avait-il insisté. Pourtant, lors de l’étape de Dagana, Idrissa Seck, alors jeune lieutenant de Wade, l’a supplié de monter sur scène, promettant trois millions de francs CFA en échange. Ouza Diallo a finalement cédé, sous la pression d’une foule en liesse, un épisode qui illustre la capacité de Wade à mobiliser, mais aussi les promesses parfois improvisées qui ont jalonné sa carrière politique. À Bignona, en Casamance, Wade a renouvelé ses engagements, promettant de financer une école de musique et l’achat d’instruments. « C’était une tournée pénible », se souvient l’artiste, qui souligne que ces promesses, comme tant d’autres, n’ont jamais été honorées. « Il m’avait déçu. Même Amath Dansokho qui lui rappelait toujours cette promesse était déçu. »
Ces engagements non tenus prennent une résonance particulière quand on se rappelle que Wade, dès ses débuts, a su s’entourer de figures variées, comme en témoigne Moustapha Guirassy, qui raconte encore aujourd’hui comment le leader du PDS l’avait invité à monter dans sa décapotable lors d’une tournée, un geste symbolique de cette proximité avec ses partisans. Pourtant, pour Ouza Diallo, cette relation a été marquée par des désillusions. Pendant des années, il a dû faire face à des difficultés matérielles, comme la coupure de son électricité ou des menaces d’expulsion de son domicile à Liberté 5, alors même que le PDS, une fois au pouvoir en 2000, semblait avoir oublié ceux qui avaient contribué à son ascension.
Ouza Diallo évoque également une anecdote révélatrice lors de l’étape dakaroise de la campagne. Alors que les partisans du PDS s’en prenaient aux socialistes, dispersant le meeting d’Abdou Diouf au stade Demba Diop, Wade a disparu, laissant l’artiste seul. Ce jour-là, sa fille Mame Amy est née. « Sa maman avait peur, car ma voiture est tombée en panne. On m’a pris dans un taxi pour me conduire chez Wade, et dès qu’il m’a vu, étonné, il me lance : *tu es là ?* », raconte-t-il en riant. Jusqu’à aujourd’hui, des membres du PDS appellent Mame Amy par le prénom de Viviane, en référence à l’épouse d’Abdoulaye Wade, une confusion qui en dit long sur l’empreinte laissée par le couple présidentiel. Ouza Diallo révèle qu’on lui avait même suggéré de donner ce prénom à sa fille, une proposition qu’il a toujours refusée, comme pour marquer une distance avec un système où les promesses se sont trop souvent envolées.
À l’heure où le Sénégal célèbre le centenaire d’un homme qui a marqué son histoire politique, les témoignages comme celui d’Ouza Diallo rappellent que derrière les grands discours et les symboles, il y a des vies, des espoirs et parfois des désillusions. Wade, en brisant le monopartisme, a ouvert une ère nouvelle, mais son héritage reste aussi celui d’une relation complexe avec ceux qui l’ont soutenu, entre admiration et amertume.
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