Mohamed Ali, le géant, raconté par Philippe Labro

Cassius Clay, le boxeur, était un mythe. En changeant de nom pour prendre celui de Mohamed Ali, le rebelle est devenu une légende.

C’était un danseur – et un tueur. Un gentleman – et un rebelle. Un poète – et un communicant. Un roi du verbe – et un prince du geste. Un ange qui faisait la bête – et une bête qui se prenait pour un ange. C’était un papillon – et un marteau-piqueur. C’était un homme – et un mystère.

Il y avait, dans ses yeux comme dans le mouvement de son corps, une réserve inouïe d’électricité, un dépôt de dynamite, de l’insolence et du charme, de la puissance et de la surprise. Un mystère. Mohamed Ali, le plus grand boxeur qu’ait connu ce sport cruel et fatal, cet homme que le monde entier célèbre et regrette depuis que le courant d’électricité de sa vie s’est définitivement coupé, dans une clinique de Phoenix (Arizona), le 3 juin, Ali n’aura pas seulement écrit et vécu une légende sportive »?; il aura aussi marqué son époque, la seconde moitié du XXe »¯siècle, dans un rôle public et politique. On peut dire aujourd’hui qu’avec Martin Luther King et, plus tard, Barack Obama, il s’inscrit dans l’Histoire comme l’un des trois Noirs américains dont le courage et le talent ont fait basculer et avancer la cause de leur peuple. Des grands boxeurs noirs, dans le passé américain, il y en eut quelques-uns comme Joe Louis ou Sugar Ray Robinson (qu’Ali vénérait), mais aucun d’entre eux ne sortit du sport pour exprimer sa révolte et prendre le risque de briser sa carrière au nom d’une juste cause.

Ali s’est imposé dans la mémoire mondiale collective non pas simplement pour son prodigieux palmarès (cinq défaites en soixante et un combats, trois »¯fois champion du monde), mais également pour avoir, alors qu’il était au zénith de son art pugilistique, en pleine vigueur de son jeune âge, refusé d’endosser l’uniforme de l’armée américaine, car il n’approuvait pas l’action de son pays dans la guerre du Vietnam. Ce faisant, il s’est engagé dans un long chemin protestataire et allait devenir, au fil des années, un emblème de l’antiracisme. Il écope de cinq ans de prison, 10 000 dollars d’amende et, surtout, il n’est plus autorisé à boxer. Mais il appartient, dès lors, à toute la mouvance de jeunes, étudiants, démocrates, pour lesquels la guerre du Vietnam est une sanglante absurdité, sans fin, sans foi, sans futur. Il devient un héros des campus. Qui aurait pu imaginer un tel tournant d’existence quand on le découvrit, éblouissant jeune «fighter» amateur aux JO de Rome, en 1960. Il n’avait que 18″¯ans, un visage limpide, sourire charmeur, traits réguliers, pommettes hautes et menton de gagneur. On lui aurait donné l’Amérique sans confession…

2 COMMENTAIRES
  • Anonyme

    paix son me.

  • sénégalais de l'extérieur

    félicitation.. yalla nako yalla kharé adiana firdaw.Amine

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