Maodo : entre foi et science, un rôle clé face aux épidémies

Lors des épidémies de peste et de grippe espagnole, El Hadji Malick Sy recommandait de ne pas cacher les malades, de respecter les quarantaines et de suivre les conseils médicaux. Sa position reposait sur l’idée que les découvertes utiles à l’humanité pouvaient servir la communauté musulmane et le bien commun.

La réflexion de Maodo sur la foi et la science s’inscrivait dans une conception ouverte de la modernité. Il ne voyait pas d’opposition entre les valeurs religieuses et les apports de l’instruction, de la médecine ou des technologies, lorsqu’ils répondaient à l’intérêt général. El Hadji Samba Diallo, historien et anthropologue social diplômé de l’École des hautes études en sciences sociales de Paris, rapporte que le guide religieux n’interdisait pas à ses disciples de fréquenter les écoles françaises.

Cette ouverture répondait aussi à la diversité des milieux où vivaient ses disciples, des centres urbains aux villages reculés. « S’ouvrir à l’autre et à sa science ne signifie en aucun cas renier son identité musulmane », rappelle El Hadji Samba Diallo. L’analyse publiée par dakar92 souligne ainsi que l’instruction constituait chez Maodo un moyen de transmettre les savoirs sans renoncer à l’identité religieuse.

Des consignes sanitaires pendant les épidémies

La position du guide s’est manifestée pendant les crises sanitaires liées à la peste de 1914 et de 1916, puis à la grippe espagnole entre 1917 et 1919. Dans ce contexte marqué par la surveillance administrative des marabouts et la répression coloniale, notamment sous l’administration de William Ponty, El Hadji Malick Sy a rédigé un traité consacré à la médecine préventive.

Il y appelait la communauté à se protéger contre la maladie, à signaler les cas au lieu de les dissimuler, à appliquer strictement les mesures de quarantaine et à éviter les eaux stagnantes ainsi que les lieux insalubres. Il insistait surtout sur le respect des recommandations formulées par les médecins.

Mouhamadou Mounirou Sy, professeur de droit public à l’Université de Thiès, affirme que le quartier de Guet-Ndar a été épargné par une décision du Gouverneur visant à brûler les habitations pour limiter la propagation de la peste sur l’île. Selon lui, cette décision était liée au refus des habitants de se faire vacciner.

Une érudition tournée vers l’utilité sociale

Pour El Hadji Samba Diallo, la reconnaissance accordée aux médecins pendant les crises montre que le savoir spécialisé devait guider la protection des populations. Il y voit une articulation entre la foi religieuse, la connaissance scientifique et la responsabilité collective, les personnes compétentes étant chargées d’expliquer et d’orienter en période d’épidémie.

Le chercheur cite les travaux de Myron Echenberg, Joe Lunn et Liora Bigon sur l’appui d’El Hadji Malick Sy aux politiques sanitaires coloniales destinées à contenir les épidémies. Ces politiques ont été suivies de la création du quartier Ponty-Ville à Dakar, devenu la Médina, un nom proposé par Maodo après la peste de 1914.

El Hadji Samba Diallo estime que le guide religieux a soutenu une cause sanitaire qu’il jugeait juste, sans adhérer à un projet colonial injuste. Bakary Sambe, professeur au Centre d’études religieuses de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis et directeur du Timbuktu Institute, décrit pour sa part une érudition qui demeurait ouverte et une pédagogie associant la rigueur du savoir à son utilité pour la société.

El Hadji Samba Diallo présente enfin l’héritage de Maodo comme celui d’un réformateur fondant son action sur la connaissance, l’éducation des masses, la responsabilité morale et l’ouverture aux progrès scientifiques.

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