Quinze ans après la chute de Mouammar Kadhafi, le 20 août 2011, la Libye reste privée de stabilité et de souveraineté. Deux pouvoirs parallèles se disputent toujours le contrôle du pays, sur fond d’institutions profondément divisées.
Les violences récentes, rapportées par RFI Afrique, ont rappelé la fragilité de cette situation. À Benghazi, le général al-Mansouri, responsable du renseignement du maréchal Khalifa Haftar, a été assassiné. Dans l’ouest, des frappes de drones ont touché des installations énergétiques à Zawiya.
Un statu quo qui s’enracine
Les élections générales envisagées pour la fin de 2023 n’ont pas eu lieu. L’échec de la transition a renforcé les forces qui tirent avantage de la séparation du pays. Administrations, réseaux économiques, structures sécuritaires et élites locales se sont installés dans cette configuration.
La disparition de Saïf al-Islam Kadhafi a illustré la violence de cette compétition pour l’influence. Le fils de l’ancien dirigeant a été tué à son domicile de Zintan par quatre hommes masqués qui ont pris d’assaut sa résidence. L’opération a été confirmée par son avocat français, Me Marcel Ceccaldi. Sa mort laisse notamment le champ libre à une figure militaire de l’Est libyen, dans un paysage où chaque élimination modifie les rapports de force.
L’unification de la Libye supposerait une nouvelle répartition du pouvoir, des richesses et de l’influence. Les partis politiques, nombreux après la chute de l’ancien régime, sont désormais marginalisés. Ils peinent à imposer les réformes nécessaires à la sortie de crise. La mobilisation observée lors des funérailles de Saïf al-Islam Kadhafi a toutefois rappelé que l’ancien régime conserve des relais sociaux et politiques : la cérémonie, organisée à Bani Walid, bastion historique des kadhafistes, a attiré des milliers de loyalistes.
Le pétrole au cœur de l’interdépendance
L’économie repose principalement sur le pétrole. Une grande partie de la production provient de territoires contrôlés par le camp de Khalifa Haftar, alors que les revenus passent par des institutions financières établies à Tripoli. Les deux camps dépendent donc l’un de l’autre.
Un arrangement financier leur permet de se partager les recettes pétrolières sans réunifier les institutions de l’État. Cette mécanique prolonge la division politique, sécuritaire et institutionnelle. Saïf al-Islam Kadhafi, qui représentait un espoir de changement pour une partie des Libyens, a été assassiné sans publication des résultats de l’enquête, ajoutant une affaire non élucidée à une crise où les rapports de force continuent de se régler par les armes.
