L’événement marque un tournant sombre dans l’histoire politique récente de la Libye. Quelques jours après l’annonce de sa mort violente lors d’une confrontation armée, le fils du défunt colonel Mouammar Kadhafi a été porté en terre ce vendredi. Une cérémonie marquée par une affluence notable de partisans, venus réaffirmer leur fidélité à celui qui incarnait pour eux une alternative politique, dans un contexte national toujours aussi fracturé.
C’est dans la ville de Bani Walid, située à environ 175 kilomètres au sud de Tripoli, que s’est déroulée l’inhumation. Selon les informations rapportées par Al Jazeera, des milliers de loyalistes ont fait le déplacement pour accompagner la dépouille de Saif al-Islam Kadhafi. Cette localité conserve un statut particulier, demeurant un bastion historique de l’ancien régime près de quinze ans après la chute du « Guide » lors du soulèvement soutenu par l’OTAN. L’émotion était palpable parmi les présents, à l’image de Waad Ibrahim, une sympathisante venue de Syrte : « Nous sommes ici pour accompagner notre bien-aimé, le fils de notre dirigeant en qui nous avions placé notre espoir et notre avenir. »
Les circonstances exactes de sa disparition, survenue mardi à son domicile de Zintan (nord-ouest), ont fait l’objet de précisions de la part des autorités judiciaires. Le bureau du procureur général libyen a confirmé, suite aux examens médico-légaux, que l’homme de 53 ans a succombé à des blessures par balles. Ses services rapportent une « confrontation directe » avec quatre hommes armés non identifiés ayant fait irruption chez lui. Les investigations se poursuivent pour identifier les auteurs de l’assaut.
Figure complexe, Saif al-Islam a longtemps cultivé une image de réformateur, jouant un rôle d’intermédiaire dans l’abandon par la Libye de ses armes de destruction massive et dans le règlement de l’attentat de Lockerbie. Cette réputation s’était effondrée en 2011 lorsqu’il avait promis des « rivières de sang » en réponse à la révolution, ce qui lui avait valu un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale. Malgré ce passif, il avait tenté un retour politique en 2021 en annonçant sa candidature à une élection présidentielle finalement reportée sine die.
Cette disparition survient alors que la Libye reste profondément divisée entre le gouvernement d’Abdul Hamid Dbeibah à Tripoli, soutenu par l’ONU, et l’administration de l’Est appuyée par le maréchal Khalifa Haftar. Le timing de cet assassinat retient l’attention des observateurs : il se produit moins d’une semaine après une réunion tenue à l’Élysée, en France, impliquant le fils de Haftar et des conseillers du Premier ministre Dbeibah.