Alors que la crise dans le détroit d’Ormuz perturbe l’approvisionnement énergétique mondial, un nouveau goulot d’étranglement se forme en mer Méditerranée. En Libye, l’annulation d’un accord financier clé et une série d’incidents sécuritaires menacent directement les exportations de brut, particulièrement vers l’Europe.
Le gouvernement d’union nationale (GNU) basé à Tripoli a officiellement mis fin jeudi à l’accord dit « Arkenu ». Ce compromis, conclu en 2022 entre Ibrahim Dbeibah, conseiller à la sécurité nationale du GNU, et Saddam Haftar, fils du maréchal Khalifa Haftar, permettait de maintenir ouverts les terminaux pétroliers situés dans l’est du pays. La résiliation a été motivée par des accusations de corruption. Un récent rapport d’experts des Nations Unies a en effet révélé que des dizaines de millions de barils et des milliards de revenus pétroliers transitaient par cette société privée liée au clan Haftar, contournant ainsi la Banque centrale libyenne.
Cette rupture institutionnelle fait peser un risque immédiat sur les livraisons. La Libye fournit des qualités de pétrole léger très prisées par les raffineries européennes, acheminées vers l’Italie en seulement 48 heures. Selon Al Jazeera, les États-Unis tentent actuellement de négocier un nouvel accord via des réunions à Paris et Tunis, sous la médiation de Massad Boulos. Toutefois, les avancées restent limitées et les forces de Khalifa Haftar, qui contrôlent physiquement les champs pétroliers, conservent la capacité de bloquer les ports d’exportation à tout moment.
À cette impasse politique s’ajoute une dégradation sécuritaire directe sur les installations. Le 3 mars dernier, des drones navals ukrainiens auraient frappé l’Arctic Metagaz, un méthanier de la flotte fantôme russe, près du complexe pétrolier et gazier de Mellitah. Le navire dérive depuis dans les eaux libyennes. Deux semaines plus tard, le 17 mars, une explosion a provoqué un incendie sur l’un des pipelines d’exportation du gisement de Sharara, dans la région de Hamada. Les enquêteurs ont retrouvé sur place des munitions de fabrication russe, notamment une bombe aérienne M-62, suggérant un acte de sabotage.
Comme le relève le média qatari, ces événements transposent sur les côtes libyennes des dynamiques militaires observées au Moyen-Orient. Entre des navires ciblés au large et des infrastructures endommagées dans le désert, la sécurité des flux énergétiques en provenance de Libye se retrouve fragilisée sur deux fronts simultanés.