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Les bonnes feuilles du troisième livre du docteur Aliou Sow

Système de conflits et gouvernance sécuritaire en Sénégambie. Rôles, responsabilités et perspectives des Forces armées et de la CEDEAO est le titre du troisième livre de l’ancien ministre de la jeunesse, docteur Aliou Sow. Un livre édité par l’Harmattan, Paris, préfacé par Babacar Guèye, Professeur titulaire agrégé de droit public et de science politique, UCAD. En dessous, senego vous offre les bonnes feuilles de cette oeuvre.

Préconisations et recommandations destinées aux décideurs politiques de la Sénégambie et de la CEDEAO

Recommandations finales

En plus de toutes les propositions de solutions alternatives déjà formulées antérieurement dans divers points défendus dans ce livre, toujours dans la perspective de prévenir efficacement les conflits et de bien participer à leur résolution durable en passant par l’atténuation d’abord et enfin l’endiguement de leurs conséquences néfastes sur les plans économique, social et surtout identitaire, les mesures qui suivent sont fortement recommandées :

À l’attention des États de la Sénégambie :

Il importe de mieux impliquer les parlements nationaux et communautaires dans la gestion des questions de sécurité et de défense par une responsabilisation plus accrue des commissions parlementaires compétentes et même au besoin de créer dans chaque État des délégations parlementaires aux renseignements et à la paix comme en France.

De toute évidence, les besoins de sécurité nécessitent également la définition de politiques de recrutement par les armées, en adéquation avec les besoins réels et les possibilités budgétaires de celles-ci pour éviter la libération en masse de jeunes valides et fin connaisseurs du maniement des armes et des stratégies militaires, non pas pour des raisons d’inaptitude physique ou mentale, mais seulement en raison de contraintes budgétaires. Ces jeunes militaires libérés après la période de durée légale constituent une réelle menace contre la sécurité de la sous-région. Faute de possibilités de reconversion socio-économique dans la vie civile, ils regagnent très facilement les groupes rebelles, les coupeurs de route, les voleurs de bétail, les gangs et les bandes de bandits et de narcotrafiquants et éventuellement les terroristes qui commencent à se replier dans les pays frontaliers des pays de la zone saharo-sahélienne avec les effets de l’Opération Serval contre les djihadistes au Nord Mali et celles similaires dans le cadre de la mobilisation militaire et policière internationales contre le terrorisme.

Quant à la reconversion des militaires libérés et des blessés et mutilés de guerre dans le cadre communautaire de missions de prévention, de résolution et de maintien de la paix, la CEDEAO peut, en relation avec ses partenaires dans la lutte contre le terrorisme et les migrations clandestines, instituer un Fonds communautaire d’Appui à la Réinsertion civile des Anciens Militaires (FCARCAM) ou à défaut créer un Fonds sénégambien de même nature et poursuivant le même but.

Il serait également très utile de réformer dans les trois pays le grade de colonel, surtout au Sénégal, en créant celui de colonel major avec des responsabilités et des avantages proches de ceux des officiers généraux. Les colonels qui ont porté trop longtemps ce grade ou auteurs de performances militaires extraordinaires sur les champs de batailles ou dans les domaines académiques peuvent être élevés à ce rang pour limiter les frustrations légitimes de certains officiers supérieurs. Ainsi, sans remettre en cause les prérogatives constitutionnelles du président de la République, chef suprême des Armées en matière de promotion aux grades d’officiers généraux, ses décisions causeront moins de frustrations et de sentiments d’inégalité et d’injustice. En dehors des situations exceptionnellement compréhensibles, des critères transparents basés sur le mérite et l’ancienneté militaires doivent être rigoureusement établis et pris en compte dans les promotions comme étant les socles d’une règle générale. Ainsi, l’impression d’être un « grade garage » au sommet que celui de colonel donne au Sénégal cessera d’exister au bénéfice de la cohésion militaire et de l’équité dans la gestion des carrières.

L’institutionnalisation d’un puissant et crédible service civique national pourra être envisagée dans chaque pays avec des Auxiliaires militaires pour le développement (AMD). Par cette politique de la citoyenneté agissante dont la vocation est de généraliser les comportements modèles en milieu jeune, une bonne articulation entre engagement militaire, insertion professionnelle, préparation à l’employabilité et mobilisation positive au service d’activités d’intérêt public et communautaires pourra être bien établie à des fins d’ordre sécuritaire et socio-économique. Les anciens militaires libérés après la période de durée légale peuvent également y trouver un créneau porteur en termes d’opportunités pour leur meilleure reconversion dans la vie civile.

Pour mener une telle politique, il s’agit d’accorder une grande priorité en termes d’investissements et de statut aux structures comme le service civique national sénégalais et celles similaires ou assimilées en Gambie et en Guinée-Bissau au niveau de chaque État et aller dans le sens de la création d’un centre sénégambien dédié à la promotion d’actions de coopération transfrontalière et de consolidation de l’esprit de solidarité et de fraternité entre citoyens ressortissants de l’espace Sénégambie. Ainsi, les milliers de jeunes recrutés annuellement vont être formés, à l’échelle nationale, dans des centres civiques régionaux et dans ceux prévus pour les initiatives d’intégration active sous-régionale vers la structure sénégambienne moyennant une bourse mensuelle, pendant au moins deux années.

À la fin de leur engagement patriotique pendant lequel ils ont bénéficié d’une formation professionnelle avec l’appui des services des Armées en charge du génie militaire, ils pourraient être organisés par groupes d’actions socio-économiques en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs compétences, en vue d’obtenir des financements. Ils devront également faire l’objet de traitements prioritaires dans les recrutements de la fonction publique de leurs pays respectifs.

L’oisiveté étant une douloureuse situation pour la dignité humaine, la jeunesse sénégambienne veut naturellement s’occuper utilement, gagner sa vie honnêtement et n’être une charge pour personne. Les gouvernants ont l’obligation de l’occuper avant que d’autres forces subversives et perverses ne s’emparent de ses services. Et le maillon faible des peuples africains demeure encore la jeunesse qui, au lieu d’être perçue et utilisée comme une solution aux maux et défis du continent de manière générale, demeure un problème et une source majeure de défis et de difficultés. Ainsi, elle sera aussi moins victime des facteurs du pull and push dans le domaine des migrations.

Compte tenu du caractère nouveau du cyberdroit et des multiples pratiques subversives auxquelles les nouveaux types de délinquants et criminels font désormais recours alors qu’ils peuvent directement ou indirectement, avec beaucoup de facilités mettre en péril les intérêts les plus stratégiques des pays de l’espace de la Sénégambie, ce secteur doit faire l’objet d’une grande attention de la part des États. La concentration des Forces de Défense et de Sécurité pendant très longtemps sur la sécurité intérieure et la surveillance des frontières et de la souveraineté internationale et leur orientation vers d’autres types de menaces plus classiques, font de la cybercriminalité combinée aux menaces terroristes un domaine qui donne l’impression d’être négligé.

Les politiques de sécurité doivent davantage se focaliser sur le cyberespace sans lâcher du lest en ce qui concerne les autres secteurs et espaces, d’autant plus que ces menaces asymétriques ne se préoccupent pas des délimitations frontalières dans leurs méthodes et pratiques. Et pour cela, il est devenu fondamental, en plus du renforcement de la coopération inter-étatique dans la lutte contre la cybercriminalité, et de l’allégement (la simplification) des procédures d’échange de renseignements, d’assurer une formation de grande qualité de manière harmonisée aux acteurs et autorités des forces de défense et de sécurité et de la justice. Ainsi, il devient urgent de procéder à l’organisation régulière de sessions soutenues de renforcement de capacités, d’intégration de disciplines couvrant largement ces questions dans les programmes de formation de ces derniers et de création de filières de spécialisation accrue destinées à tous les intervenants dans le processus de prévention, de lutte, de répression et d’évaluation desdites problématiques. De telles mesures vont considérablement participer au  renforcement et à la consolidation de la coopération judiciaire sénégambienne de manière plus efficiente.

Une diligence considérable et une franche collaboration entre les acteurs concernés pourront ainsi être notées dans les processus d’entraide judiciaire et ainsi éviter des comportements de double jeu qui entravent, de la pire des manières, l’administration convenable de la justice dans la sous-région comme ce fut le cas avec le dossier du délinquant sénégalais multirécidiviste nommé « Boy Djinné » qui, suite à une énième évasion de prison, s’est réfugié en Gambie sans jamais être extradé ou jugé par ce pays en dépit de la demande et des multiples relances initiées par les autorités sénégalaises compétentes.

Étant donné que seuls le Sénégal et la Guinée-Bissau sont membres de l’UEMOA, la Gambie est soustraite du champ d’application de la réglementation de ladite Union dont plusieurs aspects du droit communautaire ont trait à la lutte contre le financement du terrorisme, la cybercriminalité, le blanchiment des capitaux et la promotion de la sécurité humaine, etc. Si les dispositions de celle-ci ne sont pas reprises par la CEDEAO, il devient important et urgent pour les deux États membres de l’UEMOA de travailler à faire modifier le Traité portant création de l’UEMOA, à l’effet d’y faire introduire la possibilité de partenariat avec des membres associés ou observateurs quand l’intérêt d’un ou de plusieurs États membres est indissociablement lié à un quelconque État africain sur le plan financier, économique, frontalier et sécuritaire. De la même sorte, le Sénégal et la Guinée Bissau doivent sensibiliser la Gambie voisine sur la nécessité et l’importance d’un rapprochement stratégique avec l’UEMOA, sans exclure la perspective de la convaincre d’en devenir membre en adoptant le franc CFA comme monnaie à l’instar de la Guinée lusophone. En réalité, l’avènement d’une monnaie unique africaine ou au niveau de la CEDEAO a assurément encore de nombreux obstacles à surmonter en dépit de la pression permanente et multiforme des peuples et du semblant de bonne volonté des dirigeants sur la question. Ainsi, la Gambie, pourra même, à titre incitatif bénéficier d’un aménagement spécial pouvant lui permettre d’accorder un statut officiel au franc CFA dans ses opérations monétaires, cumulativement au maintien de sa monnaie nationale, le dalasi, destiné à l’extinction au bout d’une phase transitoire dont les délais doivent être négociables avec beaucoup de souplesse au titre d’un traitement particulier incitatif de la part de l’UEMOA.

À l’attention de la CEDEAO et de ses partenaires techniques et financiers :

En dépit des réticences compréhensibles de tous les États membres de la CEDEAO d’accepter toute intrusion communautaire ou extérieure dans l’organisation et la réglementation internes de leurs forces armées, la Direction de l’alerte précoce peut utilement initier une étude sur les enjeux et les défis des grades dans le système de conflits en Sénégambie assortie d’un « Guide des Grades » à mettre à la disposition des États membres. L’objectif est d’aider à amoindrir, voire anéantir les incompréhensions, le mépris et le manque de considération pouvant découler des déséquilibres excessifs en termes d’aptitudes et de niveaux des personnes de même grade entre différents pays. Dans le respect de la cohérence des grades, toute pratique relative à l’introduction de civils par voie de cooptation politique doit être bannie notamment le commissionnement qui consiste à permettre à un civil de verser sa garde rapprochée ou sa milice personnelle dans les forces armées, avec des grades fantaisistes comparativement au niveau intellectuel et professionnel très souvent trop faible de ces derniers.

Dans cette dynamique de prévention efficace des conflits, il serait également très utile de créer une Académie militaire pour la Paix pour les pays de la Sénégambie en vue de mieux faciliter une meilleure compréhension par une bonne harmonisation des politiques et stratégies de sécurisation. Ainsi, les grandes différences administratives, les barrières linguistiques et les traditions militaires très différentes pourront être transformées en atouts majeurs dans un esprit de complémentarité. Un léger État-major pourra être créé à cet effet pour coordonner la mise en œuvre des options des États tout en fournissant à ceux-ci les meilleures analyses de la situation sécuritaire de la zone. La CEDEAO peut s’appuyer à cet effet sur les Protocoles de non-agression (1978) et d’assistance mutuelle en matière de défense (1981) et sur la Déclaration de principes politiques adoptée par les États membres de la CEDEAO à l’effet d’encourager et de multiplier les initiatives conjointes en faveur de la paix et de la sécurité au sein de la communauté. De telles mesures peuvent être complétées par une mise en cohérence des analyses des liens entre facteurs et enjeux économiques et défis sécuritaires dans le cadre d’un Office Communautaire du Renseignement et de l’Intelligence Économique (OCRIE).

Dans le souci de mieux maîtriser la circulation des armes, il s’impose de mettre en œuvre une politique de démantèlement ou de meilleur encadrement des groupes d’autodéfense qui fleurissent dans la sous-région et de procéder à une réglementation bien encadrée de la fabrication et de la mise à disposition des armes artisanales surtout en milieu rural. Avec les résultats probants de l’initiative MALAO (Mouvement contre la prolifération des armes légères en Afrique de l’Ouest), la tolérance ou la négligence de la prolifération des groupes de sécurité informels aux allures de milices sans armes visibles au service de certains leaders d’opinion (politiques ou religieux) risque de désarticuler toute l’efficacité de la stratégie de paix et de sécurité en la matière. Ainsi, Zeini Moulaye préconise une application plus rigoureuse du Moratoire (31 octobre 1998, Abuja, Nigéria) et de son Code de conduite pour la mise en œuvre du Moratoire sur l’importation, l’exportation et la fabrication des armes légères en Afrique de l’Ouest (adopté par la Conférence des Chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO le 10 décembre 1999 à Lomé, Togo) et du Programme de Coordination et  d’Assistance pour la Sécurité et le Développement (PCASED) qui a déjà eu l’appui du PNUD, avant d’être remplacé par l’ECOWAS Small Arms Control Programme (ECOSAP) en avril 2006.

Il existe aussi un besoin urgent de finaliser et de vulgariser le Code de conduite des forces armées de la CEDEAO dont le dossier est confié au Conseil de médiation et de sécurité de la CEDEAO et d’accorder un traitement diligent à la proposition de transformer le Conseil de médiation en Conseil communautaire de paix et de sécurité avec de nouvelles attributions et responsabilités dans la transformation du système sous-régional de sécurité.

Pour le désenclavement de l’espace pouvant restaurer les relations de confiance entre le Sénégal et la Gambie et améliorer les conditions de surveillance et de sécurisation des frontières, la CEDEAO se retrouve dans l’obligation de mieux s’impliquer pour faciliter la construction du pont de Farafégné en République gambienne.

Dans le cadre de l’insertion socio-professionnelle de la jeunesse et de la lutte contre sa vulnérabilité face aux groupes terroristes et autres réseaux subversifs, le Fonds de la CEDEAO pour l’Autonomisation et le Développement de la Jeunesse et le Centre de la CEDEAO pour le Développement de la Jeunesse et du Sport et les programmes communautaires destinés à la promotion de la coopération transfrontalière pourront s’orienter vers l’appui de telles initiatives plus pragmatiques, préventives contre certains fléaux qui happent la jeunesse et les flux migratoires clandestins et intégrationnistes.

Enfin, dans le cadre de la promotion et du renforcement de l’efficacité du système d’alerte précoce de l’espace sénégambien, les pays membres de la Zone d’observation et de suivi 1, communément appelée Zone n° 1, doivent mieux l’animer et le connecter de manière plus efficiente à celui régional de la CEDEAO, avec un suivi et une réactivité plus opérationnels par la création d’une structure de coordination civilo-militaire légère, mais bien équipée avec des moyens budgétaires conséquents et composée d’acteurs de divers profils très bien formés et dont les compétences couvrent les problématiques socio-économiques, militaires, policières, cybersécuritaires, politiques, judiciaires, etc.  

Par la combinaison concertée de cette série de propositions avec l’implication des pouvoirs traditionnels locaux et des communautés religieuses et de leurs guides, qui sont de grands facteurs fédérateurs dont les influences transcendent les frontières artificielles coloniales, une bien meilleure entente et une confiance mutuelle dans les politiques favorables à la paix peuvent devenir les socles d’un avenir économique et sécuritaire plus prometteur en Sénégambie.

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Un commentaire

  • DIOLA
    6 janvier 2018 13 h 17 min

    BRAVO BRAVO , UNE PERSONNE POLITIQUE DOIT SAVOIR AUSSI AIDER SON PAYS QUE DE NOUS RACONTER DES MENSONGES JOUR ET NUIT COMME L OPPOSITION

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