Vingt-quatre ans après le naufrage du Joola, Lamine Coly garde les séquelles physiques et psychologiques de la nuit du 26 septembre 2002. « C’est comme si nous étions encore le 26 septembre », témoigne-t-il à EMedia, évoquant des cicatrices et des plaies. Le bilan officiel de la catastrophe est de 1 863 morts et 64 survivants.
Le témoignage de Lamine Coly, rescapé du Joola, revient aussi sur son départ d’Affiniam pour Dakar avec son cousin Michel Djiba. Celui-ci lui avait parlé d’un travail à effectuer ensemble. Trente-six personnes du village avaient embarqué ; Lamine Coly se présente comme le seul survivant d’Affiniam.
Il se trouvait dans les toilettes quand le bateau a chaviré. Après avoir compris que le navire se renversait, il a plongé dans l’eau qui envahissait la pièce, puis réussi à sortir par un hublot, les pieds en premier. Il s’est ensuite accroché à ce hublot pendant près d’une heure. Dans l’attente des secours, des personnes autour de lui se noyaient, raconte-t-il. Le naufrage s’est produit vers 23 heures, mais la Marine nationale n’a été alertée qu’à 7 heures et les secours sont arrivés à 18 heures.
Vers 4 heures du matin, Patrice Le Compte a atteint la coque et indiqué aux autres rescapés comment y grimper. Lamine Coly faisait partie des 21 personnes qui ont pu s’y hisser. Ils y sont restés jusqu’au jour, alors que des passagers encore coincés à l’intérieur frappaient contre la coque. Une pirogue a finalement récupéré les survivants et les a conduits sur un bateau de pêche en direction de la Gambie.
Les blessures psychologiques restent présentes. Des cris d’enfants ou une coupure de courant à la maison lui rappellent la nuit du naufrage. Lamine Coly estime que le suivi psychologique accordé aux rescapés après le drame n’a duré que deux mois et réclame un accompagnement pour les survivants et les familles des victimes.
Ces familles et les rescapés portent aussi une demande liée aux morts restés dans l’épave : le renflouement des ossements afin de créer un reliquaire au Musée-Mémorial du Joola. Lors de la 24e commémoration à Ziguinchor, le Premier ministre Mouhamad Al Aminou Lo a rendu hommage aux victimes et inscrit le naufrage dans la conscience nationale.
La question des responsabilités demeure également sensible. Seydi Gassama conteste que le commandant de bord soit tenu pour seul responsable de la mort de 1 863 personnes et qualifie cette attribution de « mensonge d’État ». Il estime qu’il est difficile de rester indifférent après avoir connu des victimes et entendu les survivants.
Lamine Coly évoque également ses difficultés matérielles. Sans emploi fixe, il dit se débrouiller pour subvenir aux besoins de sa famille et décrit comme une épreuve le fait de ne rien pouvoir rapporter à ses enfants.
Après les premiers soins en Gambie, Lamine Coly a été transféré par avion à Dakar et hospitalisé quatre jours à l’hôpital Le Dantec.



