La rupture entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko ouvre une nouvelle phase de compétition politique au Sénégal. Kiiraay cherche à attirer des militants, des responsables et des élus locaux, tandis que le PASTEF mobilise ses troupes à travers la vente de cartes. Le premier scrutin qui opposera les deux formations constituera un test politique pour le chef de l’État : les Patriotes avaient remporté la présidentielle de mars 2024 dès le premier tour, avec 54,28 % des suffrages.
Pour Kiiraay, l’enjeu est désormais de transformer l’avantage institutionnel lié à la présidence en une identité propre et en un appareil capable de défendre son projet sur le terrain. Les ralliements d’élus concernent notamment des maires et des présidents de conseil départemental. Plusieurs appartiennent à l’ancien régime battu lors de la présidentielle du 24 mars 2024. Pour Maurice Soudieck Dione, professeur agrégé de science politique à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, cette offensive vise à préparer les prochaines échéances, notamment les élections territoriales.
Dans cet entretien publié par Seneplus, l’enseignant invite toutefois à distinguer l’attractivité liée à l’offre politique de celle qui découle de la fonction présidentielle. Il estime que le poids institutionnel du chef de l’État rend le parti présidentiel particulièrement attractif, surtout au début du mandat.
Selon son analyse, la création de Kiiraay traduit une adaptation aux contraintes du pouvoir. Le parti met en avant une ligne républicaine, l’absence d’un État-parti et d’un parti-État, ainsi que des partenariats ouverts à différents acteurs politiques et économiques. Cette orientation nourrit le désaccord avec le PASTEF sur le rythme et la méthode de la construction souveraine.
Les deux formations se disputent en effet l’héritage souverainiste et contestent la légitimité de l’autre à s’en prévaloir. Le PASTEF dénonce chez Kiiraay un reniement souverainiste, en pointant l’écart entre le discours de campagne et les politiques publiques. Kiiraay reproche en retour au parti d’Ousmane Sonko une conception fantoche de la souveraineté, guidée par le populisme. La rivalité dépasse ainsi la conquête des militants : elle porte aussi sur la manière de traduire le « Projet » dans l’exercice du pouvoir.
Les élections municipales et départementales annoncées pour janvier 2027 pourraient placer les élus locaux au centre de cette confrontation. Certains responsables territoriaux peuvent considérer qu’une coopération étroite avec le pouvoir central facilite le développement de leurs collectivités. Le scrutin permettra également de mesurer la capacité de Kiiraay à s’implanter au-delà de la présidence et celle du PASTEF à conserver son ancrage militant.
Le professeur oppose enfin deux orientations au sein de l’ancienne séquence politique commune : le PASTEF chercherait à transformer la réalité au nom de l’idéologie, tandis que Kiiraay privilégierait l’adaptation de cette idéologie aux contraintes de l’exercice du pouvoir. Cette ligne place le parti présidentiel dans un souverainisme réformiste, composé avec les contraintes internationales, face à un PASTEF plus doctrinal et légaliste, chargé de convertir les promesses du « Projet » en lois tout en contrôlant l’exécutif. Le FRAPP maintient parallèlement la pression par la mobilisation populaire, au nom d’une souveraineté révolutionnaire et anti-impérialiste.
La Constitution attribue au président de la République les fonctions de gardien de la Constitution, de garant de l’intégrité territoriale et de chef suprême des armées dans ses articles 42, 44 et 45. Ces prérogatives renforcent l’attractivité du camp présidentiel, mais elles donnent aussi à la prochaine confrontation une portée particulière : il s’agira de départager deux façons de prolonger la victoire de mars 2024 et d’incarner la souveraineté au pouvoir.





