Kaolack : un marché de plus de 4,2 milliards FCFA au cœur de nombreuses interrogations

Avenant de 926 millions FCFA, terrain marécageux, autorisation de construire, drainage et conformité aux normes de sécurité : le chantier du Marché d’intérêt sous-régional de Kaolack suscite des interrogations à la lumière de documents administratifs et d’un rapport d’audit. Plusieurs éclaircissements sont attendus des structures concernées.

Le chantier du Marché d’intérêt sous-régional de Kaolack continue de faire parler de lui. Présenté comme un équipement majeur pour le développement commercial de la région, ce projet mobilise plus de 4,2 milliards de FCFA et soulève plusieurs questions relatives à son attribution, à son exécution et à sa conformité administrative et technique.

Selon les éléments rapportés dans un audit concernant l’AGETIP, le marché initial des travaux a été attribué à l’entreprise Nouvelle Vision du Sénégal, associée à Mamadou Mouhamed Ndiaye, dit Modou Ndiaye. Le montant initial s’élève à 3 277 232 172 FCFA TTC. À cette somme s’ajoute un avenant n°1 de 926 426 007 FCFA TTC, portant le coût global à plus de 4,2 milliards de FCFA.

Une enveloppe conséquente qui place la transparence dans la gestion du projet au centre des préoccupations.

Un avenant de 926 millions FCFA qui interpelle

Parmi les points soulevés figure l’augmentation du coût des travaux. Le rapport d’audit évoque notamment les contraintes liées à la nature du terrain, décrit comme marécageux, ainsi que les difficultés liées aux eaux de ruissellement et au drainage.

Ces contraintes auraient nécessité des études complémentaires sur le sol et le système d’évacuation des eaux, dans le cadre des travaux supplémentaires ayant conduit à l’avenant.

L’auditeur formule également des observations sur la justification de cet avenant, estimant que des études préalables auraient permis de mieux identifier certaines contraintes du site.

Dès lors, une question se pose : pourquoi ces difficultés n’ont-elles pas été suffisamment anticipées avant le lancement des travaux ? Et dans quelle mesure une meilleure préparation technique aurait-elle permis de limiter les dépenses supplémentaires ?

Le rapport relève par ailleurs des difficultés de trésorerie, des observations relatives à la disponibilité des crédits et à l’enregistrement de l’avenant. Il signale également l’absence de certains justificatifs nécessaires à une vérification complète de l’exécution physique et financière du marché et de son avenant.

Ces observations appellent des éclaircissements de la part des structures concernées. Elles ne constituent toutefois pas, à elles seules, une conclusion selon laquelle l’ensemble du marché serait illégal.

L’autorisation de construire introuvable dans les archives consultées ?

Autre point soulevé : la situation administrative du chantier.

Dans une correspondance officielle, la Division régionale de l’Urbanisme de Kaolack indique, après consultation de ses registres et archives, n’avoir retrouvé aucune trace de dépôt, de transmission ou de classement des dossiers relatifs au projet.

Cette réponse ne signifie pas nécessairement qu’aucune autorisation de construire n’a été délivrée. Elle pose néanmoins une question essentielle : quelle autorité a délivré cette autorisation et où se trouve le document correspondant ?

Pour un équipement commercial de cette envergure, la production des pièces administratives permettrait de clarifier la situation et de répondre aux interrogations persistantes.

La Protection civile également attendue sur les normes de sécurité

Le futur marché est destiné à accueillir quotidiennement des commerçants, des clients, des véhicules et d’importants flux de marchandises. La question de la sécurité des personnes constitue donc un enjeu majeur.

Quel avis la Protection civile a-t-elle émis concernant le projet ? Existe-t-il un document technique, un procès-verbal ou une validation attestant de la prise en compte des exigences de sécurité applicables à un établissement recevant du public ?

Sur ce point également, la publication des documents disponibles permettrait de dissiper les doutes et de mieux informer les populations.

Un terrain de cinq hectares déclaré d’utilité publique

La situation foncière du site mérite également une attention particulière.

Un décret de 2021 a déclaré d’utilité publique le projet de construction du Marché d’intérêt sous-régional de Kaolack sur une assiette de cinq hectares à distraire du titre foncier n° 5796/KL. Le terrain était alors occupé par des baux au profit, notamment, de la coopérative des agents du Centre des services fiscaux et de la Division régionale de l’Urbanisme.

Cette décision soulève plusieurs interrogations sur la situation foncière définitive du site. Les procédures d’expropriation, d’indemnisation, d’affectation ou de compensation ont-elles été entièrement menées à leur terme ? Quels actes permettent aujourd’hui d’établir clairement le statut juridique du terrain ?

Autant de questions qui méritent des réponses documentées.

Le PROMOGEM annonce un taux d’exécution de 68 %

Malgré ces interrogations, le projet se poursuit. Le Programme de modernisation et de gestion des marchés (PROMOGEM) présente officiellement le marché sous-régional de Kaolack parmi ses projets.

En juillet 2026, le programme indiquait que le chantier, situé à l’entrée de Kaolack et présenté sur une emprise d’environ trois hectares, avait atteint un taux d’exécution de 68 %.

La poursuite des travaux renforce ainsi l’intérêt d’une clarification des aspects administratifs, fonciers, techniques et financiers du projet, afin de garantir une meilleure lisibilité de l’utilisation des ressources publiques.

AGETIP, PROMOGEM, Urbanisme : des réponses attendues

Au-delà des controverses, plusieurs questions demeurent : quelles pièces justifient la procédure d’attribution du marché initial ? Pourquoi l’avenant de 926 millions FCFA a-t-il été nécessaire ? Quelles études géotechniques et de drainage avaient été réalisées avant le démarrage des travaux ?

Les interrogations portent également sur l’autorisation de construire, les éventuels avis de la Protection civile, la situation foncière définitive du site, les droits et taxes éventuellement exigibles ainsi que les justificatifs permettant de vérifier l’exécution physique et financière de l’ensemble du marché.

L’AGETIP, le PROMOGEM, les services de l’Urbanisme, la Protection civile et les organismes chargés du contrôle de la commande publique disposent chacun d’éléments susceptibles de contribuer à la clarification de ce dossier.

Pour un projet de cette importance, destiné à améliorer les conditions de travail des commerçants et à renforcer l’activité économique de Kaolack, la transparence est essentielle. La publication des documents pertinents et les réponses officielles des structures concernées permettraient de lever les zones d’ombre et de mieux éclairer l’opinion publique.

Car, au-delà des polémiques, ce sont plus de 4,2 milliards de FCFA engagés dans un équipement public dont la réalisation mérite d’être suivie avec rigueur.

Source : Journal Dépêche

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