Journée mondiale de la santé mentale : Ansoumana Dione dénonce son exclusion

À l’occasion de la Journée mondiale de la santé mentale, célébrée ce samedi 10 octobre 2026, Ansoumana Dione, président de l’Association sénégalaise pour le suivi et l’assistance aux malades mentaux (ASSAMM), dénonce son exclusion des activités organisées au Sénégal.

Fort de plus de 25 ans d’engagement auprès des personnes souffrant de troubles mentaux, il revient sur son parcours, les difficultés rencontrées et les solutions qu’il propose pour améliorer leur prise en charge.

Placée sous le thème « À l’écoute de l’expérience vécue : des voix authentiques pour un réel changement », cette journée est, selon Ansoumana Dione, une occasion manquée de valoriser l’expérience des acteurs de terrain.
Il reproche au ministère de la Santé et de l’Action sociale de l’avoir écarté des activités commémoratives.

Un engagement né d’une épreuve familiale

L’engagement d’Ansoumana Dione trouve ses racines en 1983, lorsque son frère aîné, Salif Dione, commence à souffrir de troubles mentaux après son retour de Côte d’Ivoire.
Face aux difficultés de sa prise en charge, il décide de s’investir personnellement à ses côtés, quitte à interrompre ses études.

En 1991, alors qu’il est élève en classe de seconde au lycée Demba Diop de Mbour, il passe un mois auprès de son frère à l’hôpital psychiatrique de Thiaroye. Cette expérience marque profondément son parcours.

C’est dans ce contexte qu’il mûrit l’idée de créer l’ASSAMM, officiellement fondée à Rufisque le 1er août 2000. Son objectif, défendre les droits des personnes souffrant de troubles mentaux et offrir une assistance aux malades errants, souvent éloignés de leurs familles.

Dès les premières semaines, il entreprend une tournée nationale de sensibilisation, de Rufisque à Ziguinchor, en passant notamment par Saint-Louis, Louga, Thiès, Kaolack, Touba, Tambacounda et Kolda. Une campagne menée, affirme-t-il, sans aucun budget.

Le centre de Kaolack au cœur des tensions

Parmi les épisodes marquants de son parcours figure la prise en charge de malades mentaux errants, notamment celle d’une femme retrouvée à Kaolack avec son bébé en 2002.

Après plusieurs difficultés, Ansoumana Dione parvient à la conduire à l’hôpital psychiatrique de Thiaroye, où elle est hospitalisée pendant un mois, avant de faciliter son retour auprès de sa famille.

Son combat aboutit également à la création du centre Ansoumana Dione, situé à Bouchra, à Kaolack. Selon son récit, le projet a bénéficié d’un terrain de quatre hectares attribué sous l’ancien maire de la ville, feu Ibrahima Beye.

Après avoir affirmé que le centre avait été confisqué en 2013 par les autorités sanitaires, il indique avoir obtenu sa restitution à la suite d’une audience avec l’ancien président Macky Sall, le 17 janvier 2023.

Il déplore toutefois de nouvelles tentatives de reprise du site sous l’actuel régime, tout en affirmant que les documents présentés établissent les droits de son association.

Un appel au président Bassirou Diomaye Faye

Face à ce qu’il considère comme une mise à l’écart, le président de l’ASSAMM interpelle directement le chef de l’État, Bassirou Diomaye Faye. Il souhaite être reçu en audience et plaide pour une collaboration avec les pouvoirs publics afin de relever les défis de la santé mentale au Sénégal.

« Le Président Bassirou Diomaye Faye devra travailler avec Ansoumana Dione pour relever les défis de notre pays en santé mentale », soutient-il dans son plaidoyer.

Parmi ses propositions figurent la mise en place d’un programme national de prise en charge des malades mentaux dans les structures sanitaires, avec des infirmiers d’État formés à cet effet et placés sous la supervision de médecins psychiatres.

Il préconise également une meilleure disponibilité des médicaments psychotropes, dont le coût et les ruptures d’approvisionnement peuvent, selon lui, favoriser l’abandon des traitements par les familles démunies.

Concernant les personnes souffrant de troubles mentaux incarcérées, il plaide pour l’ouverture d’un pavillon spécial à l’hôpital psychiatrique de Thiaroye.

Une distinction honorifique en perspective

En juin 2026, Ansoumana Dione affirme avoir été informé de l’attribution d’un titre de Docteur Honoris Causa par l’Institut africain de recherche pluridisciplinaire appliquée (IARPA), basé en Côte d’Ivoire. La cérémonie de remise du diplôme est annoncée pour le 16 octobre 2026 à Bangui, en République centrafricaine.

Il rappelle également avoir reçu une correspondance du président Bassirou Diomaye Faye, datée du 10 août 2026, saluant son engagement, ainsi qu’un hommage qui lui a été rendu le 3 octobre à Rufisque.

À travers son témoignage, le président de l’ASSAMM entend remettre au centre du débat public la situation des personnes souffrant de troubles mentaux et la nécessité d’une politique de prise en charge plus inclusive.

Pour lui, la Journée mondiale de la santé mentale ne saurait se limiter à une célébration symbolique. Elle doit surtout permettre aux personnes concernées, à leurs familles et aux associations engagées sur le terrain de faire entendre leur voix et de contribuer aux décisions publiques.

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