La route vers un troisième mandat de Gianni Infantino à la présidence de la FIFA s’annonce plus escarpée que prévu. Après le retrait forcé de son projet FIFA Forward Enterprise, le dirigeant italo-suisse doit désormais composer avec une opposition qui s’élargit jusqu’aux institutions européennes, où une mobilisation politique inédite pourrait fragiliser sa réélection en 2027.
Le projet controversé, qui prévoyait d’ouvrir le capital de la FIFA à des investisseurs privés pour lever jusqu’à 20 milliards de dollars, avait déclenché une levée de boucliers. L’UEFA a été la première à s’y opposer, menaçant même de boycotter les Coupes du monde si la FIFA ne renonçait pas. Dans un communiqué relayé par Sky News, l’instance européenne indiquait que ses 55 fédérations avaient rejeté « à l’unanimité et sans équivoque » cette proposition. Face à la pression, Infantino a fait marche arrière le 31 juillet 2026, mais le mal est fait : sa méthode de gouvernance, jugée opaque, est aujourd’hui dans le viseur de nombreux acteurs.
Au-delà des instances sportives, c’est désormais le politique qui entre dans la danse. Plusieurs eurodéputés se sont emparés de dossiers liés à la gouvernance de la FIFA. En juillet dernier, 72 membres du Parlement européen ont demandé une enquête du comité d’éthique sur l’indépendance des décisions sportives, évoquant notamment le cas Folarin Balogun. Glenn Micallef, le commissaire européen chargé du Sport, a dénoncé une « commercialisation incessante » du football et rappelé que les décisions économiques de la FIFA devaient respecter le droit européen de la concurrence. Des précédents comme l’arrêt Bosman ou la décision Super Ligue rappellent que l’UE dispose de leviers juridiques puissants pour imposer plus de transparence, même si elle ne peut intervenir directement dans une élection à la FIFA.
Cette pression institutionnelle donne des arguments aux opposants d’Infantino. Aleksander Čeferin, le président de l’UEFA, ne cache plus son intention de transformer le poids politique de l’instance en influence électorale. L’objectif : empêcher la reconduction d’un président accusé de concentrer les décisions sans réelle consultation. La bataille s’annonce d’autant plus rude que le dirigeant sortant mise sur un autre levier : la promesse de verser jusqu’à 40 millions de dollars à chaque fédération qui soutiendrait sa réforme, comme l’avaient révélé Footmercato et plusieurs autres médias internationaux fin juillet.
Le retrait du projet FIFA Forward Enterprise n’a donc pas éteint l’incendie. La question de la gouvernance reste posée, et l’Union européenne, sans prendre position officiellement, pourrait indirectement faire pencher la balance. Le commissaire Micallef a appelé à une consultation élargie des acteurs du jeu.
