Gouvernement Diomaye Faye : les proches de Sonko écartés, des technocrates aux commandes

Ce 1er juin 2026, le décret n° 2026-1130 fixant la composition du nouveau gouvernement sénégalais a été publié, scellant une rupture politique dont les racines remontent au 22 mai, lorsque Bassirou Diomaye Faye a mis fin aux fonctions d’Ousmane Sonko et dissous le gouvernement. La décision, annoncée alors que Sonko répondait aux questions des députés à l’Assemblée nationale, avait été précédée de consultations discrètes avec d’anciens Premiers ministres et ministres des Finances – un signe que le président préparait ce tournant depuis des semaines, sinon des mois. À l’époque, les observateurs avaient noté que cette éviction intervenait au lendemain de la création du siège de la Coalition Diomaye Président, supervisée par Aminata Touré, un geste perçu comme une provocation par les fidèles de Sonko.

Le gouvernement, désormais dirigé par Ahmadou Alamine Mohamed Lo, un technocrate discret, marque une rupture nette avec l’ère Sonko. Presque entièrement dépourvu de figures issues du PASTEF, il acte l’effacement des proches du leader de l’opposition parlementaire, comme Birame Souley Diop (Énergie) et Mamadou Moustapha Ba (Économie), remplacés par des profils apolitiques. Cheikh Diba, économiste sans affiliation partisane, prend les rênes des Finances, tandis qu’El Hadji Abdourahmane Diouf, expert du secteur pétrolier, hérite de l’Énergie – un choix stratégique dans un pays où les recettes des hydrocarbures cristallisent les tensions. Ces nominations, couplées à celles de Mohamedou Makhtar Cissé (Intérieur) et Cheikh Niang (Affaires étrangères), deux hauts fonctionnaires rompus aux arcanes internationaux, visent à rassurer les partenaires étrangers, échaudés par les mois de turbulence politique.

Pourtant, cette recomposition n’a pas apaisé les esprits. Dès l’annonce du limogeage de Sonko, des militants du PASTEF s’étaient relayés devant les permanences du parti à Dakar, certains y voyant un retour aux « vieilles pratiques » que le mouvement avait juré de combattre. Un jeune sympathisant des Parcelles Assainies avait alors confié son amertume : « On nous avait promis une rupture, et voilà qu’on reproduit les mêmes schémas. » Les désaccords, en réalité, couvaient depuis des mois, notamment sur la diplomatie – Sonko prônant une ligne plus ferme vis-à-vis des partenaires occidentaux – et sur les choix économiques, où ses propositions de nationalisations avaient inquiété les investisseurs.

Quelques figures ont été maintenues, comme Yankoba Diémé (Forces armées) et Moussa Sarr (Justice), symboles d’une continuité institutionnelle. Serigne Guèye Diop (Industrie), rare proche de Sonko conservé, pourrait incarner un geste d’apaisement, mais il fait figure d’exception dans un gouvernement où l’expertise prime désormais sur l’allégeance partisane. Avec quatre ministres délégués, le président renforce aussi son contrôle direct sur les dossiers sensibles, une innovation qui rappelle les méthodes de gouvernements précédents, mais que Diomaye Faye assume comme une « affirmation légitime de l’autorité présidentielle ».

Pour l’heure, cette décision est perçue comme une victoire tactique pour le chef de l’État, qui impose sa vision technocratique. Mais le rapport de force avec Sonko, toujours président de l’Assemblée nationale, reste incertain. Le PASTEF, premier parti du pays, pourrait utiliser ses prérogatives parlementaires pour bloquer des lois ou censurer le gouvernement – une menace d’autant plus crédible que la base militante, échaudée par l’éviction de Sonko, reste mobilisée. Le décret du 1er juin 2026 acte ainsi une rupture au sommet de l’État, mais aussi l’entrée dans une nouvelle phase de la vie politique sénégalaise, où les alliances d’hier ne sont plus que des souvenirs.

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