C’est une offensive diplomatique et mémorielle majeure qui se prépare depuis Addis-Abeba. Alors que les chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine étaient réunis ce week-end pour leur sommet annuel, la question des réparations et de la justice historique a pris une tournure concrète. Au-delà des discours habituels sur le devoir de mémoire, le Ghana a décidé de porter le combat directement devant les instances new-yorkaises dès le mois prochain, avec un objectif juridique précis.
Le président ghanéen John Mahama a profité de cette tribune pour officialiser une démarche qui engage son pays et, par extension, le continent. Selon nos informations, Accra déposera en mars prochain un projet de résolution à l’Assemblée générale des Nations unies. L’ambition affichée n’est pas symbolique : il s’agit de faire reconnaître la traite transatlantique des esclaves comme « le crime le plus grave contre l’humanité ». Cette qualification, si elle venait à être adoptée, marquerait une rupture dans la hiérarchie des atrocités reconnues par le droit international et l’histoire mondiale.
Dans son intervention rapportée par l’Agence Afrique, le chef de l’État ghanéen a précisé avoir déjà « lancé les démarches » pour cette échéance de mars. Présentant son rapport sur la promotion de la justice et le versement de réparations, John Mahama a averti ses pairs que cette reconnaissance ne serait « pas offerte sur un plateau ». Il a établi un parallèle direct avec les luttes passées du continent, affirmant que cette justice réparatrice doit être « conquise par l’unité et la détermination », à l’instar des indépendances.
Cette initiative s’inscrit dans un calendrier particulier, l’année 2025 ayant été désignée « Année africaine de la justice par les réparations ». Le président ghanéen s’est félicité de la mise en place d’une équipe de coordination et d’un comité d’experts de l’UA dédiés à cette cause. Il a toutefois souligné que le travail était « loin d’être terminé ». Pour donner du poids à la résolution attendue à l’ONU, il a invité les États membres à créer leurs propres commissions nationales de réparation et à collaborer pour obtenir non seulement des excuses, mais aussi des accords contraignants.