Gazoduc Nigeria-Maroc : 600 millions d’Africains sans électricité, un risque pour la transition énergétique ?

L’Afrique de l’Ouest doit-elle investir 25 milliards de dollars dans un gazoduc de près de 7 000 kilomètres alors que 600 millions d’Africains n’ont toujours pas accès à l’électricité ? Le projet de gazoduc Nigeria-Maroc, qui a reçu l’aval de la Cédéao en juillet 2026, relance un débat entre développement énergétique et urgence climatique.

Pour ses promoteurs, ce gazoduc est un moteur de croissance. « Beaucoup de pays sur le tracé ont besoin d’une énergie durable pour assurer leur développement économique et social », explique Amina Benkhadra, directrice générale de l’Office national des hydrocarbures et des mines du Maroc. L’infrastructure doit acheminer 30 milliards de mètres cubes de gaz par an, dont la moitié est destinée à l’exportation vers l’Europe via le gazoduc Maghreb-Europe.

Mais des experts et ONG mettent en garde contre un enfermement dans les énergies fossiles. « Ces infrastructures ont besoin de fonctionner plusieurs décennies pour être rentabilisées, ce qui bloque la transition énergétique du pays », prévient Justine Duclos-Gonda, de Reclaim Finance, dans des propos rapportés par RFI Afrique. Le gaz, certes moins polluant que le charbon, reste un hydrocarbure émetteur de CO2 dans un continent qui ne pèse que 4 % des émissions mondiales.

Le projet, initié par le roi Mohammed VI et l’ex-président nigérian Muhammadu Buhari, a été entériné par un accord signé à Freetown le 19 juillet 2026. Il doit encore réunir 25 milliards de dollars de financement, alors que le solaire, gratuit et abondant en Afrique, pourrait offrir une alternative plus rapide à l’électrification. Les premières livraisons de gaz sont envisagées à l’horizon 2031.

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