Le projet de gazoduc Nigeria-Maroc, long de près de 7 000 kilomètres, franchit une étape politique déterminante avec la signature de l’accord intergouvernemental par les 13 États membres de la CEDEAO en juillet 2026. Mais malgré cette adhésion, le chemin reste long avant que le gaz ne commence à circuler : il faut encore réunir 25 milliards de dollars de financement.
L’infrastructure prévue doit acheminer 30 milliards de mètres cubes de gaz par an, répartis à parts égales entre l’approvisionnement des pays traversés et l’exportation vers le Maroc puis l’Europe. Amina Benkhadra, directrice générale de l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM), insiste sur cette double vocation : « Il longera 13 pays sur la côte africaine, depuis le Nigeria jusqu’au Maroc et sera connecté à l’Europe, à l’Espagne à travers le gazoduc Maghreb-Europe, qui est déjà en production aujourd’hui », rappelle-t-elle.
Le nerf de la guerre : 25 milliards de dollars
L’obstacle principal demeure le financement. Estimer le coût de construction de ce corridor énergétique à 25 milliards de dollars n’est pas anodin. Francis Perrin, directeur de recherche à l’IRIS et chercheur associé au Policy Center for the New South, rappelle que l’équation est complexe : « Il n’y a pas de financement sans marché, et il n’y a pas de marché sans financement. » Pour lui, le montage devra combiner interventions publiques et privées, avec la Banque mondiale, la Banque africaine de développement, des agences de crédit export et des investisseurs privés.
Pour le Sénégal, l’un des pays traversés et futur producteur de gaz avec les mégaprojets Sangomar et Grand Tortue Ahmeyim, ce gazoduc pourrait aussi servir à exporter une partie de sa production, selon les promoteurs. La Mauritanie est dans une situation similaire. L’intérêt économique des États concernés explique en grande partie leur soutien politique au projet.
L’échéance visée pour les premières livraisons de gaz est 2031, avec un lancement des travaux espéré d’ici deux ans. Des contacts ont déjà été engagés avec la Banque mondiale, et l’US Export Import Bank a également été approchée, a précisé Francis Perrin à RFI Afrique.
