Ferlo : le diw-nior, une huile qui soutient l’économie des femmes peules

À Linguère, les femmes peules du Ferlo arrivent au marché hebdomadaire avec du lait caillé, du beurre ou du diw-nior. Elles quittent leurs hameaux dès l’aube, avec des calebasses et des bidons. Certaines parcourent plusieurs kilomètres à pied. D’autres utilisent des charrettes tirées par des ânes, parfois avec leurs enfants.

Une transformation artisanale

La transformation du diw-nior par les femmes du Ferlo repose sur trois étapes. Le lait caillé est d’abord baratté pour récupérer le beurre. Celui-ci est ensuite chauffé doucement avant d’être filtré. Cette méthode permet d’obtenir une huile stable.

« Chaque geste compte. Si le feu est trop fort, l’huile perd sa qualité. C’est une science que nous avons héritée de nos mères », explique Aïssatou Bâ, transformatrice à Barkédji. Comparable au cher indien, le produit peut se conserver près d’un an sans réfrigération, ce qui facilite sa commercialisation dans les zones rurales sans chaîne de froid.

Le savoir-faire est porté par les femmes, qui assurent la traite, la préparation et la vente. « On dit que ce sont les hommes qui produisent le lait, mais sans nous il ne serait jamais transformé. Le diw-nior, c’est notre richesse », témoigne Mariama Sow, vendeuse au marché hebdomadaire de Linguère.

Le marché de Linguère constitue le principal point de vente de cette huile. Le litre est proposé entre 4000 et 6000 FCFA. Le prix peut être plus élevé à Dakar. Fatoumata Kâ, transformatrice à Dodji, affirme que des clients viennent notamment de Thiès et de Mbour pour s’en procurer (Seneplus).

Ramata Kâ explique que le tarif atteint 4000 FCFA en période hivernale et 6000 FCFA lorsque le lait caillé devient rare. Elle dit avoir acheté deux parcelles à Dahra Djolof grâce à cette activité, tout en participant aux dépenses du ménage et aux frais de scolarité de ses enfants.

De la cuisine aux produits artisanaux

Le diw-nior ne sert pas uniquement à la préparation des repas. Les femmes l’emploient aussi dans la fabrication de savons et de baumes cosmétiques. Khady Guèye, membre d’une coopérative féminine à Loumbi, dans la commune de Ouarkhokh, explique que des savons sont fabriqués avec l’huile et les cendres de certaines plantes.

Les résidus du beurre sont également répandus dans les champs après avoir été mélangés à des cendres ou à d’autres déchets organiques. Mme Guèye indique que cette pratique sert à enrichir les sols pauvres et à réduire le recours aux engrais chimiques importés. Ces dérivés sont aussi cités dans la médecine traditionnelle.

Une filière exposée aux aléas

La sécheresse réduit la quantité de lait disponible. La transhumance éloigne les troupeaux et l’absence de moyens de conservation provoque des pertes. Quand les vaches partent vers le sud, les unités locales ne disposent plus de matière première.

Les femmes demandent donc des équipements modernes pour maintenir cette activité. Dans le département de Salémata, les femmes de Noubou ont ainsi reçu une unité solaire destinée à la transformation du beurre de karité, financée par l’ARKD et la Fondation EDF. Cette expérience montre l’intérêt d’un équipement adapté aux zones rurales : il peut réduire la dépendance au feu et soutenir une production féminine régulière. Dans le Ferlo, une solution comparable permettrait de limiter les arrêts d’activité lorsque les troupeaux s’éloignent et de mieux valoriser le lait disponible.

Aminata Bâ déplore notamment l’arrêt des machines d’une mini-unité lorsque les troupeaux quittent la zone.

Aminata Bâ est vendeuse à l’unité de transformation laitière « Wendou Kossam’ », installée dans la commune de Linguère.

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