Sans passeport valide, sans carte d’identité ou avec un dossier bloqué, des Sénégalais ne parviennent plus à faire reconnaître leur propre identité. Leurs démarches administratives, leurs études et parfois leurs biens sont directement affectés.
Le phénomène a été dénoncé à Dakar par le Collectif des victimes du remplacement d’identité. Les personnes concernées expliquent qu’une autre personne peut apparaître dans leur profil administratif, alors qu’elles utilisent le même nom et la même date de naissance depuis toujours.
À Madrid, Mouhamadou Lamine Sy, 31 ans, a découvert cette situation en voulant renouveler son passeport au consulat du Sénégal. Le document était arrivé à expiration et il souhaitait également pouvoir voter. Après plusieurs jours d’attente, les agents lui ont indiqué que son identité était déjà associée à un autre dossier. Le Sénégalais, installé en Espagne depuis dix ans, a dû rentrer à Dakar le 5 janvier avec un sauf-conduit consulaire.
Son retour n’a pas réglé le problème. Son entreprise est enregistrée au nom de sa mère et ses biens sont également placés sous cette identité. Des intermédiaires lui ont par ailleurs réclamé jusqu’à 2,4 millions de FCFA, en promettant de faire disparaître le doublon et de débloquer son dossier.
Le cas de Ngoné Ndiaye, 23 ans, illustre une autre conséquence. L’étudiante veut poursuivre ses études à l’étranger, mais son dossier reste bloqué depuis plusieurs mois. Elle affirme qu’un entrepreneur utilise encore les pièces de sa mère et qu’un retrait de 700 000 FCFA a été bloqué sur un compte bancaire à son nom.
À Diamaguène, Mamadou Maurice, 28 ans, ne parvient toujours pas à obtenir une carte d’identité, cinq ans après le blocage de son dossier. Son père, Pape Demba Diop, rappelle que son fils avait été déclaré à la mairie et scolarisé sans difficulté jusqu’à sa majorité, avant que son acte de naissance ne soit jugé non valable.
Ces situations alimentent les fraudes à l’état civil et poussent certains citoyens à chercher un nouveau numéro d’état civil en modifiant leurs actes de naissance. Le collectif demande la reprise d’un parcours administratif régulier pour les victimes, ainsi qu’une meilleure centralisation des données.
Dans un entretien rapporté par Senenews, Me Patrick Kabou avait aussi affirmé que plus de 100 Sénégalais étaient bloqués en Occident à cause de dossiers d’état civil frauduleux. Selon l’avocat, ces victimes ne peuvent plus renouveler leurs titres de séjour ni achever certaines procédures de naturalisation.
Le collectif réclame enfin la création d’un système de doublons pour traiter les identités litigieuses.




