Plus de 100 Sénégalais bloqués en Europe à cause de fraudes à l’état civil, selon Me Patrick Kabou

« J’ai plus de 100 Sénégalais qui, aujourd’hui, sont bloqués en Occident. » Ce cri d’alarme est celui de Me Patrick Kabou, dans un entretien accordé à Dakarmatin. L’avocat, qui défend des expatriés devant les juridictions européennes, constate chaque jour les méfaits de la fraude à l’état civil. Ses clients, poursuivis ou en situation irrégulière, ne peuvent plus renouveler leurs titres de séjour ni achever une procédure de naturalisation.

Le mécanisme est glaçant : moyennant de l’argent, des faussaires effacent des noms des registres pour attribuer ces identités à d’autres personnes. Des citoyens se retrouvent ainsi sans existence légale au Sénégal, et par ricochet, sans papiers en Europe. « Ils ont été sacrifiés, leur acte ayant été vendu à d’autres personnes », dénonce Me Kabou, qui appelle l’État du Sénégal à se pencher sur ce « crime ».

Ce n’est pas la première fois que l’avocat tire la sonnette d’alarme. En août 2025, il dénonçait déjà de graves irrégularités dans la délivrance des pièces d’état civil, avec 75 dossiers en attente. Plus récemment, le 18 février 2026, la Division nationale de lutte contre le trafic de migrants a démantelé à Ouakam un réseau de faussaires, avec cinq individus déférés pour fraude documentaire et usurpation d’identité. Une officine clandestine où le cerveau, surnommé « Le Savant », a été surpris en flagrant délit de manipulation numérique.

Me Kabou a lui-même été victime de ce fléau. Lors d’un renouvellement de permis de conduire, il avait communiqué sa nouvelle adresse en France. À son retour au Sénégal, il a découvert que son permis avait été attribué à une autre personne, l’obligeant à repasser l’examen. « Le parcours pour retrouver son identité est celui du combattant », résume-t-il, évoquant les chantages que subissent ses clients de la part des faussaires.

Face à l’ampleur du phénomène, Me Kabou insiste sur l’urgence d’une réaction des autorités. Son cabinet est contraint de retracer l’itinéraire de ces personnes et de vérifier chaque document avant de les présenter aux instances judiciaires et administratives.

Votre avis sera publié et visible par des milliers de lecteurs. Veuillez l'exprimer dans un langage respectueux.

";

Laisser un commentaire