Les élections territoriales sénégalaises ont rarement respecté leur échéance initiale. Depuis 1984, au moins cinq reports du scrutin local ont été recensés, avec des justifications liées aux réformes institutionnelles ou aux crises politiques.
Le renouvellement des maires, des présidents de conseil départemental ainsi que des conseillers municipaux et départementaux revient régulièrement au centre du débat politique. Les élus locaux issus du scrutin du 23 janvier 2022 doivent toutefois voir leur mandat renouvelé au plus tard le 23 janvier 2027, le vote devant être organisé dans les trente jours précédant cette échéance.
Cette contrainte juridique alimente les discussions sur un éventuel couplage entre les élections locales et les législatives, mais les deux calendriers ne coïncident pas. Un tel jumelage ne pourrait être organisé sans modification préalable du cadre légal. En outre, une dissolution de l’Assemblée nationale ne serait juridiquement envisageable qu’à partir de la fin novembre 2026, ce qui réduit encore la marge de manœuvre pour synchroniser les scrutins.
À cinq mois de l’échéance locale, selon lesoleil, aucun décret de convocation des électeurs n’a encore été signé par le président Bassirou Diomaye Faye. La révision exceptionnelle des listes électorales n’a pas davantage été engagée. Cette absence de calendrier officiel nourrit les spéculations sur un nouveau report, alors que le ministre de l’Intérieur, Bamba Cissé, a rappelé que le processus électoral ne peut commencer sans décret présidentiel fixant la date du vote.
L’expert électoral Ndiaga Sylla a rappelé que les élections doivent se tenir avant l’expiration du mandat des élus locaux. La société civile menace de saisir la justice si le flou persiste, tandis que le Front pour la défense de la démocratie (FDR) exige l’ouverture immédiate d’un dialogue avec le gouvernement.
Les reports des élections locales ont suivi des logiques différentes selon les périodes. En 1984, le scrutin n’a pas eu lieu à la date prévue et a été organisé après la généralisation des communes de plein exercice.
Prévues en 1995, les élections ont ensuite été décalées d’un an en raison de la régionalisation. La même orientation institutionnelle a été poursuivie après 1996.
Le scrutin attendu en 2001 a été repoussé à 2002 après l’arrivée d’Abdoulaye Wade à la présidence de la République et sa volonté d’expérimenter la provincialisation comme nouvelle forme de décentralisation.
La séquence s’est prolongée jusqu’en 2009. Prévue en 2007, l’élection a été reportée à deux reprises, en 2008 puis en 2009, sur fond de contestations postélectorales après la présidentielle de 2007 et de boycott des législatives par l’opposition.
Après un nouveau décalage de trois mois, les élections territoriales se sont tenues le 29 juin 2014. Pour le scrutin suivant, initialement prévu en 2019, un premier report a fixé l’échéance à décembre, avant un second report qui n’avait pas prévu de date précise. Le vote a finalement eu lieu en janvier 2022.
Cette succession a été examinée par plusieurs organisations de la société civile depuis 2019. Dans un mémorandum consacré au report des élections et à la prorogation des mandats locaux, elles ont décrit l’organisation du scrutin depuis 1984 comme relevant d’une « légalité dérogatoire ».
Moundiaye Cissé, de l’ONG 3D, a estimé que cette procédure exceptionnelle trouvait son origine, sous les différents régimes, dans des textes mêlant droit et politique. Le document souligne également que la jurisprudence du Conseil constitutionnel n’a pas empêché la répétition de ces reports.
Pour les prochaines élections territoriales attendues en 2027, l’opposition et les organisations de la société civile demandent donc le respect du calendrier électoral. Aminata Touré a déclaré que le chef de l’État disposait encore de temps pour fixer la date du scrutin, mais chaque semaine sans décret réduit la capacité des autorités à préparer le vote dans les délais légaux.
