Depuis la première alternance politique de mars 2000, les déclarations de politique générale prononcées au Sénégal ont reflété le contexte du moment et la personnalité de chaque chef de gouvernement.
De Moustapha Niasse à Ousmane Sonko, en attendant Ahmadou Al Aminou Lo, les Premiers ministres ont imprimé leur marque par le ton de leurs interventions, leurs priorités et leurs slogans. Le rappel de ces séquences a été publié par Le Soleil et rapporté par APS.
Moustapha Niasse, le réquisitoire contre l’ancien pouvoir
Après quarante années de pouvoir socialiste, Me Abdoulaye Wade a remporté la présidentielle de mars 2000 et choisi Moustapha Niasse, son principal allié du second tour, pour diriger le gouvernement.
Le 20 juin 2000, le nouveau Premier ministre a présenté sa feuille de route dans un climat marqué par l’alternance. Son intervention a dressé un état des lieux critique de la gestion précédente et annoncé les priorités du septennat.
Le programme s’articulait autour de la vision du « Sopi », le changement défendu par Abdoulaye Wade. Il prévoyait notamment l’assainissement des finances publiques et l’audit des entreprises et structures publiques afin d’établir un bilan administratif et financier du pays.
La moralisation de la vie publique, la lutte contre la corruption, la transparence dans la gestion des deniers publics, la consolidation de l’État de droit et le renforcement de la justice figuraient aussi parmi les axes annoncés. Le gouvernement voulait également relancer l’économie, soutenir les acteurs sociaux, développer l’agriculture, les infrastructures et l’initiative privée, tout en répondant aux urgences de l’éducation, de la santé et de l’emploi des jeunes.
Mame Madior Boye, la sobriété institutionnelle
Après le départ de Moustapha Niasse, Mame Madior Boye est devenue la première femme nommée à la Primature, le 3 mars 2001. Elle a prononcé sa DPG le 1er août de la même année dans un registre marqué par la sobriété et la technicité juridique.
La magistrate avait placé la Justice et l’État de droit au cœur de son intervention, avec la modernisation du système judiciaire et le renforcement de l’indépendance de la justice. Elle avait également insisté sur la réduction des inégalités sociales et la modernisation des services publics, en évitant les effets d’annonce et les polémiques politiciennes.
Idrissa Seck entre travail, aide et corruption
Idrissa Seck a succédé à Mame Madior Boye à la Primature en novembre 2002. Son arrivée est intervenue après le naufrage du bateau « Le Joola », survenu le 26 septembre de la même année et qui a fait plus de 1 800 morts.
Lors de sa déclaration du 3 février, il a marqué les députés par une formule devenue célèbre : « Je ne connais que trois voies d’accès au revenu : une qui anoblit, le travail ; une qui assujettit, l’aide ; une qui avilit, le vol. »
Le Premier ministre avait ensuite affirmé sa volonté de « sanctionner Ndioublang et soutenir Gorgorlou ». Le premier terme désigne l’escroc en wolof, tandis que le second renvoie à l’honnête citoyen débrouillard.
Sa feuille de route accordait une place importante à la crise sociale et aux conséquences du naufrage du « Joola », notamment l’indemnisation des familles des victimes, l’accompagnement des rescapés et le renforcement de la sécurité dans les transports maritime et terrestre.
Macky Sall et le « temps de l’action »
Après avoir remplacé Idrissa Seck à la Primature le 21 avril 2004, Macky Sall a porté un discours présenté comme rigoureux sur le plan technocratique et marqué par la loyauté envers le président Abdoulaye Wade.
Macky Sall a prononcé sa déclaration de politique générale six mois après sa nomination, le 20 octobre 2004.
Ahmadou Al Aminou Lo, un profil rompu aux négociations financières
Nommé Premier ministre le 25 mai 2026, Ahmadou Al Aminou Lo doit à son tour inscrire sa déclaration de politique générale dans la continuité de ces rendez-vous qui exposent les priorités d’un pouvoir autant qu’ils révèlent le profil de celui qui les porte.
Son parcours comprend des négociations avec le Fonds monétaire international ainsi que des émissions d’eurobonds. Cette expérience place les questions de financement public et de relations avec les partenaires financiers au cœur de l’attention autour de sa future intervention, au-delà du seul exercice institutionnel.
