Dette d’Air Sénégal et conditions de travail : les syndicats de l’aviation civile lancent un ultimatum

Le secteur de l’aviation civile sénégalaise est au bord de la paralysie, un scénario qui rappelle les tensions récurrentes d’un secteur où les promesses non tenues alimentent la défiance. L’Alliance inter-union des travailleurs de l’aviation civile et du transport aérien, regroupant 13 syndicats et le SUTAAS, a annoncé son soutien total au préavis de grève déposé par les travailleurs de l’ASECNA. Ce mouvement, prévu pour une durée de 24 heures à partir de lundi, s’inscrit dans une dynamique de mobilisation plus large : dès le 18 mai 2026, l’intersyndicale avait posé huit exigences claires avant d’envisager une grève générale, un ultimatum resté sans réponse à ce jour.

Cheikh Wade, président de l’intersyndicale, a pointé du doigt le non-respect des engagements pris par les autorités lors des États généraux des transports publics d’octobre 2024, un sommet qui avait pourtant acté des avancées majeures pour le secteur. Mais ces accords, comme ceux qui les ont précédés, semblent condamnés à rester lettre morte. Les syndicalistes dénoncent notamment les retards récurrents dans le paiement de l’indemnité de sécurité aérienne (ISA), une prime vitale pour les agents, ainsi que l’absence de consultation des partenaires sociaux dans les décisions stratégiques. Cette marginalisation des acteurs historiques n’est pas nouvelle : les travailleurs de 2AS, par exemple, rappellent avec amertume la promesse d’actionnariat salarié faite en 2017 lors de la création de la société, une promesse aujourd’hui balayée par une nouvelle répartition du capital qui les relègue au second plan.

Les revendications des travailleurs reflètent l’urgence d’une refonte structurelle. Ils exigent le règlement des dettes d’Air Sénégal envers l’ASECNA, l’ANACIM, AIBD-SA, 2AS et TSA, des impayés qui asphyxient ces entités et compromettent leur capacité à garantir la sécurité aérienne. L’intersyndicale insiste aussi sur la nécessité de renforcer les moyens financiers de l’ANACIM, conformément aux normes de l’OACI, alors que les dysfonctionnements actuels exposent le pays à des sanctions internationales. « Une seule journée de grève coûterait des centaines de millions au pays », a averti Cheikh Wade, soulignant l’impact économique d’une crise qui dépasse le cadre social.

Au-delà des questions financières, les syndicats réclament l’abandon du projet de filialisation de 2AS, une mesure perçue comme une nouvelle tentative de contourner les engagements passés. Ils demandent également l’autonomie financière d’AIBD-SA et l’ouverture du capital de certaines sociétés aux travailleurs, une revendication qui prend tout son sens au regard des promesses non tenues de 2017. La question foncière, avec l’octroi d’un deuxième lot de terrains à Mbour 4, reste un enjeu crucial pour des agents contraints de vivre loin de leur lieu de travail, aggravant une précarité déjà criante.

Le préavis de grève, déposé depuis le 8 mai 2026, doit entrer en vigueur lundi. Pour les travailleurs, il ne s’agit plus seulement de réclamer des améliorations, mais de rappeler à l’État ses propres engagements, ceux-là mêmes qui ont été actés lors des États généraux de 2024 ou lors de la création de 2AS. Sans réponse concrète, le secteur pourrait bien basculer dans une crise dont les conséquences, tant sociales qu’économiques, se feront sentir bien au-delà des aéroports.

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