À Dakar, la révocation d’Ousmane Sonko le 22 mai a aussi fait réagir sur le campus de l’université Cheikh-Anta-Diop. Deux ans après son arrivée à la Primature en 2024, l’ancien chef du gouvernement n’était plus perçu de la même manière par une partie des étudiants, dans un climat déjà marqué par les retards de bourses, l’entrée des forces de l’ordre à l’UCAD et la mort de l’étudiant Abdoulaye Ba en février.
Sur ce point, des étudiants interrogés par RFI Afrique décrivent un profond sentiment d’abandon. Serigne Saliou Mbacké, étudiant en droit, affirme que des étudiants ont célébré le limogeage en scandant le nom de Bassirou Diomaye Faye. Selon lui, beaucoup ne comprennent pas l’attitude d’Ousmane Sonko, qu’ils avaient soutenu lorsqu’il était dans l’opposition mais qui, à leurs yeux, ne les a pas défendus une fois au pouvoir.
Ce ressentiment s’inscrit dans une séquence universitaire déjà lourde. Le décès d’Abdoulaye Ba en février avait relancé les critiques contre la gestion gouvernementale de la crise à l’UCAD. Pape Djibril Fall avait alors demandé une enquête et mis en cause cette gestion après la mort de l’étudiant en médecine. Quelques mois plus tôt, en décembre 2025, de nouveaux affrontements entre étudiants et forces de l’ordre avaient aussi fait plusieurs blessés sur fond de revendications liées au paiement des bourses.
D’autres étudiants tiennent toutefois une ligne plus conciliante. Mame Thierno, étudiant en géographie, dit souhaiter le maintien du Pastef dans le futur gouvernement, même sans Ousmane Sonko à la Primature. Il évoque une « cohabitation douce » entre les responsables du parti au pouvoir. Un autre étudiant, Alassane, soutien de longue date de l’ancien Premier ministre, estime pour sa part qu’il devrait revenir à l’Assemblée nationale afin d’exercer un droit de regard sur le projet politique qu’il a porté.
La rupture entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko était déjà alimentée depuis plusieurs mois par des désaccords publics. En juillet 2025, Ousmane Sonko avait parlé d’un « problème d’autorité » dans le pays. Début mai, le chef de l’État avait dénoncé une « personnalisation excessive » du pouvoir au sein du Pastef. Quelques heures avant son départ du gouvernement, Ousmane Sonko avait encore critiqué à l’Assemblée nationale la transparence dans la gestion des fonds politiques.
Les députés sont attendus mardi à l’Assemblée nationale pour se prononcer sur la réintégration d’Ousmane Sonko comme député, après la démission le 24 mai d’El Malick Ndiaye, jusque-là président de l’institution.