Dakar : après l’éviction de l’ex-Premier ministre Sonko, la base du Pastef a vacillé

À Dakar, la rupture entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko a déplacé les discussions politiques vers un seul sujet. Après le limogeage de l’ex-Premier ministre et la dissolution de l’équipe gouvernementale, des militants et sympathisants du Pastef se sont relayés devant certaines permanences du parti. Aux Parcelles Assainies, un jeune militant a dit ne pas avoir imaginé une séparation entre les deux hommes, ajoutant que plusieurs soutiens ont le sentiment d’un retour à des pratiques que le mouvement disait combattre.

La fracture n’a pas surpris tous les observateurs. Selon des éléments rapportés par Journaldutogo, des désaccords existaient depuis plusieurs mois sur la manière de gouverner, la diplomatie et les choix économiques. Le chef de l’État avait, de son côté, multiplié les déplacements à l’international et les rencontres avec les partenaires traditionnels du Sénégal, dans un contexte économique déjà difficile. En juillet 2025, Ousmane Sonko avait publiquement parlé d’un « problème d’autorité ». Début mai, Bassirou Diomaye Faye avait, lui, dénoncé une « personnalisation excessive » du pouvoir au sein du Pastef.

Cette séquence intervient alors que le pays fait face à de fortes attentes sur les réformes. Dans le parti présidentiel, plusieurs cadres réputés proches d’Ousmane Sonko ont déjà quitté certaines fonctions administratives ou suspendu leurs activités politiques en attendant les prochaines orientations. À l’Université Cheikh-Anta-Diop, un enseignant en sciences politiques a estimé que la base militante de terrain restait majoritairement attachée à Sonko, avec un risque d’érosion de l’appui populaire si la rupture se confirmait.

L’autre point de tension concerne l’Assemblée nationale. Plusieurs députés du Pastef pourraient ne pas soutenir automatiquement le futur gouvernement qui sera nommé par la présidence. Une motion de censure est une procédure parlementaire par laquelle des députés cherchent à mettre en cause un gouvernement ; dans les couloirs de l’Assemblée, certains élus évoquent déjà cette hypothèse si les dissensions s’aggravent. Après l’éviction de Sonko, les ministres sortants ont été chargés d’expédier les affaires courantes, pendant que le Palais garde le silence sur le nom du prochain Premier ministre.

Dans les marchés, les universités et les transports publics de Dakar, la perspective d’une confrontation ouverte entre les deux camps alimente les échanges. Certains soutiennent la décision présidentielle au nom de la stabilité de l’État, d’autres y voient une trahison politique. Vendredi matin, quelques heures avant son départ du gouvernement, Ousmane Sonko avait encore critiqué Bassirou Diomaye Faye à l’Assemblée nationale sur la question de la transparence.

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4 commentaires

  1. Arrêtez de diffuser des contre‑vérités.
    La situation était claire depuis longtemps : le scénario actuel était parfaitement prévisible.

    Dioumaye Yoroul Foulah s’est enfermé dans une impasse institutionnelle. Il ne peut plus dissoudre l’Assemblée nationale, car ayant déjà exercé cette prérogative. Sur le plan politique, sa marge de manœuvre s’est considérablement réduite.

    Il ne peut pas davantage gouverner par décrets : cette habilitation provenait de l’Assemblée nationale, et rien n’indique que celle‑ci acceptera de renouveler une telle délégation alors qu’il évolue désormais à contre‑courant de la dynamique politique du pays.

    Un président dépourvu de base politique, sans majorité parlementaire, sans soutien populaire structuré et sans l’appui du parti qui l’a porté au pouvoir se retrouve mécaniquement affaibli. Dans un tel contexte, la capacité à gouverner devient extrêmement limitée.

    Comme on le dit souvent, « les jeux sont faits ».
    La séquence politique qui s’ouvre risque d’être courte et instable pour un chef de l’État isolé, en quelque sorte un canard boiteux.

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