Cheikh Oumar Ba a appelé la CEDEAO à transformer sa politique agricole afin de renforcer la souveraineté alimentaire, la création de valeur et l’emploi. La réforme de la politique agricole de la CEDEAO doit, selon lui, dépasser la production de documents pour privilégier les investissements, les actions et les résultats.
Le ministre sénégalais de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage s’exprimait lors de l’ouverture d’une réunion ministérielle virtuelle consacrée à la révision de l’ECOWAP, a rapporté afriquemidi. Le Sénégal assure la présidence en exercice de l’organisation régionale.
Une politique davantage tournée vers l’action
Après vingt années d’existence, l’ECOWAP a permis de consolider l’architecture politique et institutionnelle de la CEDEAO. Elle a aussi contribué à améliorer la planification agricole, les instruments de sécurité alimentaire, l’alerte précoce ainsi que la recherche et l’innovation.
Cheikh Oumar Ba estime toutefois que la nouvelle orientation ne doit pas se limiter à une mise à jour procédurale. Il souhaite une politique axée sur la résilience, l’intégration et la stabilité régionales, tout en corrigeant les difficultés de financement, la faible application des engagements et l’insuffisance des échanges entre les États.
Cette priorité donnée à la résilience concerne notamment l’élevage, un secteur central pour les économies rurales et particulièrement exposé aux effets du changement climatique. Lors de la 14e réunion du Groupe d’action pour l’élevage durable, organisée à Dakar, Cheikh Oumar Ba avait rappelé que l’élevage représente 35 % du PIB du secteur primaire, 4,8 % du PIB national et constitue l’activité principale de 38,7 % des ménages ruraux. La Déclaration de Dakar sur l’élevage durable, adoptée à cette occasion, a placé les filières animales sur la voie de l’inclusion et de la résilience climatique.
La participation encore limitée des femmes et des jeunes figure également parmi les points à revoir. La croissance démographique, la hausse de la demande alimentaire, le sous-emploi des jeunes, le changement climatique, les inondations, la pauvreté, les conflits armés et l’insécurité alimentaire constituent les principaux défis identifiés.
Un financement reposant davantage sur les États et le privé
Dans cette perspective, Cheikh Oumar Ba défend la mise en place d’un pacte de financement pour accompagner la politique agricole régionale. Les ressources souveraines des États membres devraient y prendre une place plus importante, avec une mobilisation accrue du secteur privé national et régional ainsi que des partenaires extérieurs.
Le secteur privé, a-t-il soutenu, doit être reconnu comme un partenaire de la transformation agricole. Il devrait participer davantage au financement et à l’exécution des investissements prévus dans la nouvelle génération de l’ECOWAP, notamment pour moderniser les filières animales et mieux les adapter aux contraintes climatiques.
Le ministre a aussi demandé que les organisations de producteurs, les femmes et les jeunes deviennent des acteurs à part entière de la mise en œuvre. Cette implication doit soutenir l’emploi, la production agricole et la sécurité alimentaire, tout en renforçant l’inclusion dans les territoires ruraux.
Un suivi continu des résultats
Cheikh Oumar Ba préconise enfin un mécanisme permanent de suivi-évaluation, lié aux revues biennales. Ce dispositif permettrait de mesurer régulièrement les progrès, de repérer les difficultés et d’adapter les interventions sans attendre la fin d’un cycle.
Il a cité parmi les leviers de la future politique le vaste marché ouest-africain, le dynamisme de l’intégration régionale, les possibilités offertes par la Zone de libre-échange continentale africaine, le secteur privé et les financements innovants.
