En visite d’État à Paris du 20 au 22 juillet 2026, le président gabonais Brice Oligui Nguema a accordé un entretien au Figaro dans lequel il a posé des conditions claires à la communauté internationale. Le chef de l’État a estimé que les pays africains qui préservent leurs forêts tropicales méritent une compensation financière directe de la part des nations industrialisées, qu’il juge seules responsables de la pollution mondiale.
« Il faut qu’on nous paye, parce que c’est vous qui polluez. Ce ne sont pas les Africains qui polluent », a-t-il déclaré, marquant un durcissement de sa posture diplomatique. Pour le président gabonais, il est temps d’instaurer un « changement de paradigme » dans les relations entre l’Afrique et l’Occident, fondé sur une rémunération équitable des services environnementaux rendus par le continent.
Brice Oligui Nguema a toutefois tenu à ne pas opposer écologie et développement. « Nous, on préserve les forêts, mais on ne va pas les préserver au détriment de notre développement. On a aussi besoin de se développer », a-t-il souligné, appelant à trouver un « juste milieu » entre les exigences européennes et les besoins africains.
Ce discours n’est pas nouveau. En novembre 2025, face à Emmanuel Macron à Libreville, il déplorait déjà que le Gabon assume seul, depuis plus de cinquante ans, le coût de la sauvegarde de sa forêt, sans compensation réelle. « Nous ne demandons pas la charité, nous exigeons un partenariat juste, équilibré et à la hauteur des sacrifices que notre nation consent depuis cinq décennies pour le bien de la planète », avait-il alors martelé.
Des mécanismes financiers existent bien sur le papier. Un engagement de 2,5 milliards d’euros a été pris lors de la visite de Macron en 2025, dans le cadre de « l’Appel de Belém pour les Forêts du Bassin du Congo ». Le Gabon porte aussi le projet du Fonds Bleu du Bassin du Congo, visant à mobiliser plus de 5 milliards de dollars pour des projets structurants. Mais ces promesses tardent à se concrétiser, comme l’a indiqué Anadolu Agency, alors que l’ONU a validé en février 2026 ses premiers crédits carbone sous l’égide de l’Accord de Paris, un système critiqué pour ses risques de greenwashing.
La rencontre entre les deux chefs d’État a également porté sur d’autres dossiers, notamment le manganèse, le Transgabonais et la coopération sécuritaire.
